Le directeur général du Réseau national des pôles régionaux d’innovation, Philippe Nadeau, a finalement commenté la controverse qui plombe son organisation.

31 000 $ pour un lac-à-l’épaule annulé

SHAWINIGAN — Malgré l’annulation du lac-à-l’épaule qui devait se tenir présentement à l’Auberge du lac à l’Eau claire de Saint-Alexis-des-Monts, le Réseau national des pôles régionaux d’innovation devra tout de même payer 31 000 $ à l’établissement hôtelier. Le directeur général de cet organisme déplore vivement la teinte que le gouvernement tente d’appliquer à cette rencontre de travail.

Très discret depuis le début de cette controverse, Philippe Nadeau souhaitait d’abord s’entretenir avec la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, avant de réagir sur la place publique au fameux budget de 70 000 $ prévu pour l’organisation de ce lac-à-l’épaule.

Une rencontre était attendue le 11 février, mais elle a été annulée. La goutte qui a fait déborder le vase est venue d’un échange à l’Assemblée nationale, en fin de journée mardi. Le porte-parole libéral en matière de PME et d’innovation, Monsef Derraji, a alors interpellé la ministre sur ses intentions au sujet de l’avenir du réseau.

Après avoir indiqué que son parti avait été élu sur la promesse de contrer le gaspillage de fonds publics, Mme Proulx est revenue sur l’organisation de la fameuse rencontre à Saint-Alexis-des-Monts.

«Les coûts reliés au lac-à-l’épaule du dossier dont il est question étaient injustifiables», a insisté la ministre. «Ce que je comprends du député, c’est qu’il essaie de justifier l’injustifiable. Les Québécois s’attendent que leur argent serve à financer le développement économique des régions, pas des partys.»

Tout d’abord, M. Nadeau ne comprend pas d’où sort le montant de 70 000 $ prévu pour ce lac-à-l’épaule. Il fait remarquer que l’ex-gouvernement libéral avait autorisé l’organisation de deux activités semblables au cours de l’année, pour un budget total de 120 000 $. Le RNPRI voulait finalement tenir un seul événement, au coût de 31 000 $.

De plus, pour certaines délégations éloignées comme celles de la Gaspésie, de la Côte-Nord ou des Îles-de-la-Madeleine, il fallait compter au moins une journée supplémentaire pour l’hébergement. M. Nadeau précise même que quatre fonctionnaires du ministère de l’Économie et de l’Innovation avaient confirmé leur présence. Quelques jours après la nouvelle parue dans La Presse sur les coûts de ce lac-à-l’épaule, le même ministère demandait à M. Nadeau d’annuler l’événement.

«J’aimerais savoir d’où Madame la ministre a sorti la facture de 70 000 $, car ça ne ressemble à rien», commente le directeur général. «La facture avec l’Auberge du lac à l’Eau claire est de 31 000 $, pour trois jours de séances. Les gens payaient leurs frais de déplacement et nous, la nuitée, les repas et les petits-déjeuners. Pour une centaine de personnes, je ne crois pas que c’était une débauche de moyens.»

«De plus, le coût de l’annulation est de 31 000 $ aussi», enchaîne M. Nadeau. «Quand elle est intervenue, nous étions hors des délais d’annulation. Le coût est donc le même que si nous avions maintenu l’événement. Il n’y a aucune économie, en plus d’une frustration importante des régions qui se sentent un peu bâillonnées.»

Fête à grands frais

M. Nadeau est visiblement agacé par l’impression qui se dégage de cette controverse, véhiculée jusque dans les murs de l’Assemblée nationale.

«Madame la ministre parle d’un party. Il n’y avait rien d’un party là-dedans. Il s’agissait de journées intenses de travail, de rencontres entre les pôles. Des gens arrivaient la veille du 7 février et pouvaient repartir le 9 au matin. C’était à peu près sur trois jours. Ce n’était pas des 5 à 7 et des réjouissances.»

Le directeur général se demande pourquoi la ministre tarde tant à entrer en contact avec lui pour obtenir des précisions dans le cadre de sa réflexion. Lors de son intervention à l’Assemblée nationale mardi, Mme Proulx a déclaré que «nous entendons prochainement réviser la mesure encadrant la création des pôles d’innovation et le réseau national».

«Elle n’a répondu à aucune de mes sollicitations», résume M. Nadeau.

«Elle ne m’a jamais parlé, elle ne m’a jamais téléphoné, elle n’a jamais essayé de me contacter, d’aucune façon. (...) Le gouvernement a tout intérêt à nous parler, car à tout refaire à chaque fois, tout le monde sera perdant.»

Le directeur tient également à rectifier l’interprétation de la ministre au sujet de l’empressement du gouvernement précédent à débloquer les budgets du RNPRI juste avant la campagne électorale.

«Le réseau national est un cri du cœur des régions deux ans avant les dernières élections», explique-t-il. «Ça a débouché sur un manifeste qui a été déposé au gouvernement du moment. Cette demande a fait son chemin et quatre mois après, le réseau national émergeait de ce manifeste. Ce n’était pas une commande un mois avant l’élection.»

Enfin, M. Nadeau se désole des conséquences de cette controverse sur l’Auberge du lac à l’Eau claire.

«On ne voudrait pas qu’ils passent pour des gens qui demandent trop cher», laisse-t-il tomber. «Nous avons visité plusieurs endroits en Mauricie et nous avons pris celui qui était le moins cher. Ils ont fait beaucoup d’efforts pour que nous puissions avoir un prix très bas. C’est dommage que cette entreprise soit égratignée par ces sorties.»