La CAVP a déposé un dossier étoffé de ses demandes. De gauche à droite, Yvon Héroux, coordonnateur, Michel Lemay, vice-président et Alain Gélinas, président.

305 M$ réclamés: les victimes de la pyrrhotite veulent une aide non remboursable

Trois-Rivières — Pour la toute première fois depuis le début de la crise de la pyrrhotite, il y a 10 ans, la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite (CAVP) ainsi que des représentants des gouvernements fédéral et provincial étaient enfin assis à la même table, ce lundi, pour discuter de la suite des choses.

La CAVP est arrivée très préparée à cette rencontre déterminante. Le président, Alain Gélinas, le vice-président, Michel Lemay et le coordonnateur, Yvon Héroux, avaient en effet préparé, pour leurs interlocuteurs, un dossier de plus de 50 pages dans lequel ils ont détaillé à quoi servira l’argent qu’ils réclament aux deux paliers gouvernementaux au nom des victimes, «un travail de moine effectué par mes deux collègues», tient à souligner Alain Gélinas. C’est d’ailleurs ce que demandait le gouvernement fédéral pour continuer à évaluer l’aide qu’il apportera.

C’est que la CAVP, rappelons-le veut mettre la main sur l’amende de 280 M$ qui a été imposée à SNC-Lavalin à la suite d’une fraude commise en Libye. Lundi matin, la Coalition a renchéri sa demande et s’adresse désormais aussi à Québec, car c’est un total de 305 M$ qu’il faudra pour soutenir les victimes, explique M. Gélinas à la lumière des calculs effectués.

Le président de la CAVP précise que cette demande est faite au nom des victimes de la deuxième vague de pyrrhotite, donc celles qui ne sont pas en attente du tribunal d’appel, de même qu’au nom des victimes dites en zone grise.

Selon les calculs de la CAVP, le montant de 305 M $ permettra d’octroyer une aide financière d’un maximum de 180 000 $ pour chaque victime qui ne fait pas partie de la première vague.

Cette fois, afin de protéger les victimes du supplice de la goutte, la CAVP demande au gouvernement de leur octroyer une aide non remboursable au lieu d’un prêt. La CAVP veut en effet que ce soit plutôt le gouvernement qui assume le fardeau d’attendre pendant des années que tous ces millions $ lui soient remboursés après l’éventuel procès de la deuxième vague dont la date n’est toujours pas déterminée.

M. Gélinas rappelle que les victimes de la première vague recevront d’une semaine à l’autre les résultats de l’appel logé par SNC-Lavalin. Selon lui, elles devraient être payées sur-le-champ.

C’est donc au nom des victimes restantes que s’amorce cette nouvelle bataille de la CAVP, explique-t-il.

Alain Gélinas s’est dit extrêmement satisfait de la rencontre qui a eu lieu lundi matin avec le député de Maskinongé et porte-parole du gouvernement du Québec dans le dossier de la pyrrhotite, Simon Allaire et la directrice de circonscription du ministre fédéral François-Philippe Champagne, Catherine Deschênes.

Le président Gélinas estime que les réponses obtenues face aux demandes principales de la CAVP lors de la rencontre de lundi, notamment le financement des tests de pyrrhotite, laissent entrevoir beaucoup de positif. Ne voulant pas créer de fausses attentes, toutefois, M. Gélinas préfère attendre que le sceau officiel soit apposé avant d’en faire l’annonce. «Nous avons une nouvelle rencontre le 25 février», précise-t-il, date à laquelle le président s’attend obtenir ces validations officielles «et d’autres bonnes nouvelles».

«J’ai senti une super belle ouverture et une super belle écoute», souligne M. Gélinas, ce qui n’a pas toujours été le cas dans le passé, rappelle-t-il.

En octobre dernier, le conseil d’administration de la CAVP et son président sont revenus furieux d’un voyage aux États-Unis où les victimes de la pyrrhotite bénéficient d’une aide de 175 000 $ non remboursable alors qu’au Québec, l’aide d’à peine 75 000 $, soit 100 000 $ de moins, est remboursable.

À la fin de décembre, la CAVP a fait une sortie dans les médias pour réclamer d’Ottawa les 280 M$ de pénalité qui lui seront versés par SNC-Lavalin. Au cours de cette conférence de presse, la CAVP a souligné le fait que le dossier de la pyrrhotite traîne depuis 10 ans alors que les drames humains causés par ce phénomène se multiplient sans que les victimes arrivent à voir de lumière au bout du tunnel.

Rappelons que le jugement très attendu du tribunal d’appel est prévu au cours des premiers mois de 2020.

D’ici là, la CAVP demande du soutien d’urgence pour les autres victimes.