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Serge St-Arneault est le frère de la Latuquoise Annie St-Arneault, une des 14 femmes victimes de la tuerie de Polytechnique.
Serge St-Arneault est le frère de la Latuquoise Annie St-Arneault, une des 14 femmes victimes de la tuerie de Polytechnique.

30 ans de lutte pour retirer les armes d'assaut des rues du pays: «on est à bout de souffle»

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
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La Tuque — «Ce n’est pas simplement une déception. On est même fâché. On est au bout». Serge St-Arneault, qui a perdu sa sœur Annie lors de la tragédie de l’école Polytechnique, se bat depuis plus de 30 ans pour retirer les armes d’assaut des rues du pays. Il demande au gouvernement d’agir fermement, mais l’essoufflement commence à se faire sentir.

«Comment dire, on est à bout de souffle. On ne pourra continuer indéfiniment à se battre contre... Si le gouvernement actuel ne change pas d’opinion, et qu’il maintient son idée de ne pas exiger d’éliminer les armes d’assaut selon ce qui était prévu. C’est un recul et une défaite totale», lance-t-il.

Au printemps dernier, Serge St-Arneault a vu une lueur d’espoir alors que le gouvernement fédéral a interdit quelque 1500 modèles d’armes d’assaut.

Par ailleurs, selon les informations de Radio-Canada, le gouvernement Trudeau devrait déposer prochainement son projet de loi qui mettra sur pied le programme de rachat des armes d’assaut, mais il ne serait pas obligatoire. Ce serait un échec total, selon Serge St-Arneault.

«La promesse électorale, c’était le rachat de toutes ces armes d’assaut et le bannissement complet. Point final. C’est ça l’enjeu […] C’est un peu curieux de garder des armes à feu si on ne peut pas les utiliser», note-t-il.

«Ce que je trouve difficile à comprendre, c’est qu’au niveau du vote populaire, une majorité assez claire de Canadiens, d’un bout à l’autre du pays, sont en faveur d’un bannissement complet des armes d’assaut. Point final. Qu’est-ce qu’ils attendent? Je ne sais pas.»

Serge St-Arneault a été interpellé par la fusillade survenue à Montréal le 7 février dernier, causant la mort de Meriem Boundaoui, une jeune fille de 15 ans. Sur la photo, on peut voir les proches de la victime qui se recueillent sur les lieux de la fusillade.

Celui qui se bat aux côtés de plusieurs familles des victimes de la tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989, a été profondément touché par la récente mort d’une adolescente de 15 ans prise au milieu d’une fusillade à Montréal.

«Terriblement… La seule nuance ici, c’est qu’il s’agit d’une arme de poing. Vous savez, il y a 30 ans, on ne parlait pas des armes de poing. […] Maintenant, les armes de poing sont également devenues un enjeu majeur», insiste-t-il.

D’ailleurs, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a demandé à Ottawa d’adopter des mesures plus strictes concernant les armes de poing.

«C’est un dossier extrêmement compliqué aussi. […] Comment on va solutionner le problème des armes de poing si les armes d’assaut sont encore conservées parmi les propriétaires d’armes à feu», se questionne-t-il.

Serge St-Arneault presse le gouvernement libéral d’agir et de forcer les propriétaires d’armes d’assaut interdites de les rendre au gouvernement. Il exige une décision ferme et radicale des autorités, pas seulement «une demi-loi».

«Nous ne sommes pas des cruches pour imaginer que les propriétaires d’armes d’assaut vont simplement garder leurs armes en souvenir des jours où ils pouvaient les utiliser. Ils savent très bien qu’un prochain gouvernement conservateur dirigé par O’Toole annulera l’interdiction. Ce faisant, nous nous retrouverons encore une fois à la case de départ dans notre lutte. L’idéologie de la National Rifle Association des États-Unis s’imposera ainsi dans notre pays. Ce sera alors la fin de notre combat qui a débuté il y a plus de trente ans», écrit M. St-Arneault dans une lettre ouverte envoyée au Nouvelliste.

Serge St-Arneault estime que le gouvernement pourrait sauver des vies, tout comme il tente de le faire dans son combat contre la COVID-19.

«On a une chance idéale de faire un pas en avant pour sauver des vies et des citoyens canadiens par une loi qui a du mordant […] Pourquoi est-ce qu’on aurait une demi-loi qui ne sert à rien. C’est une contradiction, on veut sauver et on ne veut pas prendre de mesures réelles pour sauver des vies. Il y a quelque chose qui m’échappe là-dedans», a-t-il conclu.