Intimidation et incitation à la violence: le passé de Richard Martel revient le hanter

D'anciens joueurs de Richard Martel, aujourd'hui député conservateur, dénoncent son comportement comme entraîneur.

Le député conservateur dans Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel, est éclaboussé dans la foulée des dénonciations entourant la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). D’anciens joueurs l’accusent d’intimidation, de traumatismes et d’incitation à la violence.


« Richard Martel était un motivateur, il était intense, mais il a laissé beaucoup de traumatismes de par sa façon de faire. C’était de l’intimidation au quotidien, on ne savait jamais à quoi s’attendre. On jouait toujours avec le gun sur la tempe. »

Joël Perrault a joué sous les ordres de Richard Martel pendant trois saisons avec le Drakkar de Baie-Comeau dans la LHJMQ, de 2000 à 2003. Il a aussi joué dans la Ligue nationale et en Europe. Aujourd’hui, s’il fait une sortie publique, c’est pour que l’ancien entraîneur devenu député conservateur et critique en matière de sports prenne la parole publiquement.

Joël Perrault a joué sous les ordres de Richard Martel alors qu'il portait les couleurs du Drakkar de Baie-Comeau.

« Le terme utilisé par Yanick Lehoux est bon. Il faut arrêter d’être hypocrite et de se mettre la tête dans le sable. Mon intention n’est pas de détruire Richard Martel ou de lui faire perdre sa job. Mais, avec le statut qu’il a aujourd’hui, celui de député, il faut qu’il confirme que ce genre de comportements existait. Il n’y a personne de mieux placé que lui pour prendre la parole aujourd’hui. »

L’ancien joueur du Drakkar, aujourd’hui entraîneur des Vikings des Laurentides dans le M18AAA, se souvient que Richard Martel avait un rituel avant les matchs : identifier les joueurs de l’autre équipe qu’il fallait frapper. Jamais, dit-il, il n’a vu un « vrai plan de match hockey » de la part de l’entraîneur, qui a été à la barre du Drakkar de 1998 à 2003. « C’était comme une vente aux enchères. Ça créait une tension extrême dans la chambre. Il y a des joueurs là-dedans qui n’avaient pas hâte de se battre. Ça laissait tout le monde sur le qui-vive parce qu’on se disait toujours que notre tour pouvait arriver. C’est sûr qu’il y avait beaucoup d’intimidation psychologique de ce côté-là. »

Joël Perrault donne en exemple son « troisième ou quatrième » match avec le Drakkar. C’était à Victoriaville. Il explique que Richard Martel avait identifié un joueur, et dès qu’il lui tapait dans le dos sur le banc, il devait sauter sur la glace pour se battre et tout le monde devait le suivre.

« À 17 ans, tu ne veux pas te retrouver sur la glace dans ce but-là. C’était épouvantable de faire vivre ça à des jeunes de 17 ans », dénonce-t-il.

Donc quand on lui demande s’il a été surpris de voir Richard Martel exiger d’un de ses joueurs d’aller attaquer le gardien adverse alors qu’il entraînait les Brûleurs de loups de Grenoble, en Europe, en 2015, il répond « aucunement ».

« J’ai vécu ça pendant trois ans, nous faire demander d’aller narguer l’autre bord. On ne pouvait pas perdre 6-2 et aller dans le vestiaire en se disant qu’on se reprendrait demain. Il fallait que ça finisse en carnage », dit-il.

Pour cet événement survenu contre les Ducs de Dijon, Richard Martel avait finalement été congédié par l’équipe et suspendu dix mois, dont deux mois avec sursis, par la Commission disciplinaire de première instance de la Fédération française de hockey sur glace.

L’attaquant Joël Perrault, qui a disputé 195 matchs en saison régulière pour le Drakkar de Baie-Comeau, tous sous les ordres de Richard Martel, reconnaît que son équipe n’était pas la seule à agir ainsi. « On ne se battait pas seuls quand même. Mais Richard agissait comme un showman, il remplissait les arénas. […] Si on allait dans son bureau, il était très calme, pédagogue, mais quand il rentrait dans la chambre, c’était complètement différent. C’était de l’intimidation tout le temps et ce n’était pas confortable. »

Celui qui a joué pour Richard Martel à Val-d’Or et Baie-Comeau, et qui a été son assistant avec les Saguenéens de Chicoutimi, Marc-Étienne Hubert, soutient qu’« il n’a rien fait de pire que les autres coachs de l’époque ».

« Il était directif et sévère, mais c’était la coutume à l’époque. Il m’a aidé à m’améliorer comme joueur et il m’a donné ma chance comme coach », modère Marc-Étienne Hubert, qui est aujourd’hui entraîneur-chef des Patriotes de l’Université de Trois-Rivières.

Marc-Étienne Hubert a été l'adjoint de Richard Martel avec les Saguenéens, en plus d'avoir joué pour deux de ses équipes dans la LHJMQ. Il reconnaît ses côtés «directif et sévère», mais assure avoir appris à ses côtés.

Après avoir joué dans la LHJMQ, Joël Perrault a roulé sa bosse dans la ECHL, la Ligue américaine de hockey, la Ligue nationale et l’Europe. Il assure ne jamais avoir été témoin de ce « style de coaching » au niveau pro.

« C’est un acteur, un personnage, et beaucoup de gens se déplaçaient pour le show Martel. Il essayait de motiver avec ses émotions, mais ça causait plus de torts qu’autre chose. […] Dans les séances vidéo, ses bons joueurs devenaient ses souffre-douleurs. Ses meilleurs joueurs offensifs de 18-19 ans, comme Yanick Lehoux et moi, étaient plus facilement attaquables que celui qui est allé au front toute la fin de semaine et qui arrive dans le vestiaire avec des points de suture. »

Richard Martel a toujours été flamboyant derrière le banc.

Joël Perrault admet avoir eu de belles années à Baie-Comeau malgré tout, et beaucoup de plaisir avec ses coéquipiers. Il n’a rien à dire contre la ligue ni contre le sport, un sport qui lui a permis de rencontrer sa conjointe, avec qui il a eu deux enfants. Mais ce qu’il espère, c’est que le hockey pourra retrouver ses lettres de noblesse, car il est conscient qu’avec toutes les histoires qui font la manchette actuellement, des parents peuvent hésiter à y inscrire leur enfant.

« Il ne devrait pas être député »

Joël Perrault n’est pas le seul à avoir dénoncé les agissements de Richard Martel. Le Quotidien a reçu une lettre d’un ancien joueur de la LHJMQ qui a notamment porté les couleurs des Saguenéens de Chicoutimi. Ce joueur s’est identifié auprès du Quotidien, mais il a demandé l’anonymat.

« Richard Martel ne devrait pas être député, car il a eu des comportements inacceptables lorsqu’il était entraîneur-chef dans la LHJMQ. Des comportements de la sorte qui marquent et qui blessent des jeunes joueurs de hockey ne devraient jamais exister. Martel a fait du tort à plusieurs jeunes joueurs et c’est d’intérêt public. Il a certainement commis de l’abus psychologique sur plusieurs adolescents au courant de sa carrière d’entraîneur junior. [...] Un abuseur psychologique qui ne devrait pas être politicien, tout comme ne plus jamais être entraîneur de hockey d’adolescents », a-t-il écrit.

Richard Martel est député conservateur dans Chicoutimi-Le Fjord.

Dans sa lettre, l’ancien joueur fait référence à un événement survenu lors de la saison 2010-2011. Selon lui, un jeune joueur en particulier aurait subi de l’intimidation répétée de la part de Richard Martel, un comportement « qui a mis une croix définitive sur sa carrière d’entraîneur-chef dans la LHJMQ ». Le joueur en question, contacté par Le Quotidien, a préféré ne pas répondre à nos questions, disant que les événements étaient derrière lui. Son père a qualifié de « situation difficile » cette période, ne voulant pas miser sur la vengeance. Selon les informations qui ont circulé à l’époque, les parents du joueur auraient fait parvenir une lettre à l’organisation pour dénoncer les comportements de l’entraîneur. Richard Martel a finalement été congédié le 2 février 2011, quelques jours seulement après la prise de photo officielle d’équipe.

« Étant dirigé par Richard Martel, sa vie a rapidement pris une autre tournure. Il est devenu le « punching bag » de Martel. Il se faisait rentrer dedans comme peu de jeunes joueurs de hockey se sont fait rentrer dedans par leur entraîneur-chef. [Il] a réellement subi de l’abus psychologique et émotif pendant les trois années qu’il a jouées pour Richard Martel. Il a perdu le goût de jouer au hockey et a été affecté mentalement », écrit-il.

Le signataire de la lettre ajoute que Richard Martel a « causé du tort à assez de monde au hockey » et il s’inclut dans le lot. Après ce congédiement en 2011, l’entraîneur n’aura jamais remis les pieds derrière le banc d’une équipe de la LHJMQ, chose qu’il faisait depuis 1993 avec le Lasers de Saint-Hyacinthe, les Foreurs de Val-d’Or, le Drakkar de Baie-Comeau et les Saguenéens de Chicoutimi. Il s’est tourné vers l’Europe, la Suède et la France plus précisément.

Deux autres anciens joueurs des Saguenéens, qui ne veulent pas prendre la parole publiquement, eux aussi en raison de leur profession, se sont également prononcés. « Il y avait clairement du harcèlement psychologique. Mais à 17 ans, tu avales tout, tu te vois dans la Ligue nationale. C’était une autre époque », a dit le premier, tandis que le deuxième a avoué que Richard Martel était « définitivement la personne que j’ai rencontrée dans ma vie et dont je garde la plus mauvaise impression ».

« Quand ton but est de jouer pro, tu prends ta pilule », a dit Joël Perrault.

Le directeur des communications et des relations médias pour la LHJMQ, Maxime Blouin, confirme que Richard Martel ne fait actuellement l’objet d’aucune plainte officielle.

Une autre époque

Une autre époque. Cette expression est ressortie à plusieurs reprises pendant les entrevues menées par Le Quotidien.

Dominic Jalbert, qui a joué quatre ans pour Richard Martel avec les Saguenéens de Chicoutimi, assure avoir eu une « belle expérience » avec l’entraîneur. Même s’il reconnaît un côté assez exigeant de Richard Martel, il ne garde pas de « séquelles » de son expérience, au contraire.

L'ancien des Saguenéens Dominic Jalbert précise que Richard Martel a été entraîneur «dans une autre époque», où les mentalités étaient différentes.

« C’était quelqu’un de très dur, de demandant, mais de très juste. La culture était ce qu’elle était en 2010. Dans ces années-là, ce n’était pas la même chose qu’en 1990, comme ce n’est pas la même chose aujourd’hui. Est-ce qu’il a parfois dépassé la ligne? Oui. C’était son style de coaching. C’étaient les mêmes règles pour tout le monde. Il avait des valeurs et il fallait les suivre. C’était une autre époque. J’ai été élevé par un père exigeant, c’était comme ça. C’était la normalité. Aujourd’hui, ça ne passe plus, la société a évolué », a mentionné Dominic Jalbert lors d’une entrevue.

Ce dernier dit ne retenir que du positif de son stage junior avec les Saguenéens. Il décrit Richard Martel comme étant celui qui lui a donné sa première chance, alors qu’il était joueur invité au camp d’entraînement. Il aura finalement porté le A d’assistant-capitaine et remporté le titre de joueur étudiant de l’année dans la Ligue canadienne de hockey en 2010.

« C’est sûr qu’il l’a échappé et il serait sûrement prêt à le reconnaître. Si on prenait le temps de vérifier tous les coachs des années 90, ça serait sûrement la même affaire. C’était une autre mentalité, une autre époque. »

« Par contre, pour quelqu’un comme moi, j’étais capable de le gérer et quand il me challengeait, je voulais lui démontrer qu’il avait tort et que j’étais capable. Ça dépend de la personnalité. Il était flamboyant, émotif, et ça va de soi qu’il était comme ça dans la chambre. Ça fait partie de son style de coaching », ajoute l’ancien défenseur, qui a aussi joué pour l’Université d’Ottawa et en Europe, notamment.

En parlant de l’Europe, Dominic Jalbert a porté les couleurs des Brûleurs de loups de Grenoble.

« Je n’aurais pas été le joindre à Grenoble si je n’avais pas eu une belle expérience avec lui. C’est lui qui m’a fait venir. J’avais fini l’université et j’ai dit oui tout de suite. […] Je suis très reconnaissant envers lui, mais je suis aussi capable de dire qu’il a été intimidant et sévère, mais j’en garde un bon souvenir. C’est un passionné du sport », termine-t-il.

Invité à réagir aux dénonciations, Richard Martel a préféré attendre avant de commenter.