Des baisses d’impôt mal accueillies en région

Les baisses d'impôt annoncées dans le cadre du budget 2023 sont mal accueillies dans la région.

«La baisse d’impôt est mal venue. C’est près de deux milliards, et neuf milliards au bout de cinq ans, dont le Québec se prive pour rénover, réparer tous les services publics qui ont été malmenés durant les dernières années.»


Voilà comment le président du Conseil central du Coeur-du-Québec-CSN, Paul Lavergne, réagit au budget Girard.

«Sans vouloir faire du sensationnalisme, on se rappellera que dans les CHSLD, c’était mal préparé, mal organisé, les structures n’ont pas permis de pouvoir juguler le problème, on a eu une hétacombe de personnes âgées», a-t-il soulevé.



«Quand on prend la baisse d’impôt, si on regarde pour les gens qui gagnent environ 30 000 $ par année, ça représente 128 dollars pour un an. Ce n’est pas faux de dire que ça va leur donner un peu d’argent, mais ce n’est pas avec ça qu’ils vont se remettre sur pied», ajoute le syndicaliste.

Le président du Conseil central du Coeur-du-Québec-CSN, Paul Lavergne.

«Et pour les plus nantis, les 100 000 $, ça va représenter 800 dollars par année. Je mets n’importe qui au défi de poser la question à monsieur et madame tout le monde ce qu’ils veulent: 100 piastres de plus en un an ou des services publics de qualité?», poursuit M. Lavergne.

Celui-ci parle de mesures électoralistes. «Ça rappelle le cadeau de 400 à 600 dollars avant Noël. On est en période d’inflation, la Banque du Canada fait tout en son pouvoir pour essayer de ralentir l’économie et éviter une surchauffe, et là, on donne de l’argent à dépenser. C’est un peu contre-productif», soutient-il.

Par ailleurs, M. Lavergne rappelle que «le Québécois moyen retire à peu près 26 000 $ par année de services publics de différents ordres».



Pour sa part, la mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois, aurait préféré voir le gouvernement soutenir les municipalités au lieu de baisser les impôts des particuliers.

«On ne peut pas être contre des sous qui reviennent dans la poche des citoyens. Mais en même temps, quand nos coûts de construction dans nos projets des villes ont augmenté de 11 à 30 %, cette facture-là, je dois la refiler aux citoyens», fait-elle remarquer.

La mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois.

«Chez nous, ça veut dire des projets qu’on doit refaire, revoir, retarder, financer autrement. C’est dommage que le gouvernement n’ait pas cette préoccupation-là de soutenir les municipalités parce que ultimement, on va toujours dans la poche du même citoyen», renchérit-elle.

D’ailleurs, la trésorière de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) a noté que le ministre Girard, dans son discours, n’avait pas dit une seule fois le mot municipalité. «Ça parle aussi de la considération que ce gouvernement-là a pour les municipalités», signale Mme Dubois.

Si elle déplore aussi que le gouvernement ne donne pas aux municipalités les moyens de leurs ambitions sur le plan environnemental, la mairesse ne cache pas sa déception en matière de logement social. «Il n’y a pas assez de création d’unités pour répondre aux besoins et le financement est déficient», a-t-elle indiqué.

À son avis, le budget provincial peut répondre à des besoins d’école, de places en garderie et de soins de santé de proximité à Nicolet, «mais en matière d’environnement et de soutien aux municipalités, le gouvernement n’est pas au rendez-vous».



De son côté, le président de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, Patrick Massicotte, s’est dit déçu du budget par rapport aux PME «qui vivent des moments difficiles».

Le président de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières, Patrick Massicotte.

«Je m’attendais à une reconduction de la bonification des crédits d’impôts à l’innovation et à l’investissement ainsi qu’à des mesures pour aider au transfert d’entreprises intergénérationnel», a-t-il avoué.

Mais son organisation se réjouit du prolongement du programme de formation COUD jusqu’en 2027-28. «On gère ce projet à Trois-Rivières pour les restaurants et on avait l’orientation de pouvoir explorer d’autres créneaux pour venir soutenir nos membres», s’est-il plu à mentionner.

Son homologue à la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan, Donald Angers, a indiqué que les besoins en construction de nouveaux logements locatifs sont très élevés, «la pénurie de logements affectant plusieurs entreprises dans le recrutement et la rétention des employés».

Le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Shawinigan, Donald Angers.

Finalement, le professeur en économie de l’UQTR, Frédéric Laurin, a parlé d’un budget «pas mal beige, sauf pour les baisses d’impôt».

«S’il n’y avait pas le bouclier anti-inflation, on serait probablement en surplus budgétaire, mais on est en déficit encore pour les cinq prochaines années. Pour moi, ça ne fait pas de sens, et on va piger ça dans le Fonds des générations. Faire un cadeau fiscal avec ça, c’est inéquitable en terme intergénérationnel et pas efficace économiquement», a-t-il déploré.

Le professeur en économie de l'UQTR, Frédéric Laurin.

«J’aurais préféré qu’on se donne des marges de manœuvre pour la transition énergétique, le développement régional, l’éducation. C’est ça qui va assurer notre futur. Mais le gouvernement a une vision archaïque des régions», a conclu le spécialiste.