Les hybrides rechargeables nous feront-elles manquer nos cibles de GES ?

Une voiture rechargeable

L’affirmation : «Elon Musk affirme que même si toutes les voitures du monde étaient hybrides, les émissions de GES seraient encore trop élevées pour qu’on puisse atteindre les cibles de l’Accord de Paris. Selon lui, il faudrait que tous les véhicules du monde soient électriques pour qu’on puisse les respecter. Est-ce qu’il a raison ou est-il simplement en train de faire la promotion de ses véhicules électriques?», demande Charles Amyot.


Les faits

Le propriétaire de Tesla n’en est pas à sa première critique des véhicules hybrides branchables — à ne pas confondre avec les «hybrides conventionnels», qui ne sont considérés comme hybrides que parce qu’ils ont un moteur électrique qui fonctionne avec une pile à carburant mais qui ne peuvent pas se recharger et qui, s’ils en consomment moins, ne peuvent pas rouler sans essence.

Dès 2010 [https://www.greencarreports.com/news/1050956_teslas-elon-musk-says-plug-in-hybrid-cars-are-ummmm-frogs], M. Musk comparait les hybrides branchables à des «amphibiens», soit une sorte d’entre-deux pas particulièrement utile parce qu’il faudrait compléter l’«évolution» du parc automobile vers le tout-électrique le plus vite possible. Tesla a annoncé il y a longtemps qu’elle ne fabriquerait jamais d’hybride [https://www.pcmag.com/news/tesla-well-never-make-a-hybrid]. Et M. Musk en a rajouté une couche l’été dernier en disant que les hybrides étaient «une phase» qu’il était temps de dépasser [https://www.benzinga.com/news/22/07/28277314/elon-musk-says-time-to-move-on-from-hybrid-cars-heres-why].



Je ne suis pas parvenu à retrouver la citation exacte de M. Musk sur les Accords de Paris, mais disons qu’elle s’inscrit très bien dans sa critique générale de ces véhicules — «trop peu, trop tard».

Il est bien évident que le propriétaire d’une compagnie qui fabrique uniquement des voitures électriques est en parfait conflit d’intérêts quand vient le temps de commenter la concurrence. Mais il n’empêche : il semble y avoir un certain fond de vérité dans la position de M. Musk.

Même s’il est indéniable que les hybrides rechargeables réduisent les émissions de CO2 [https://www.nature.com/articles/s41893-020-0488-7] comparé aux voitures à essence, plusieurs études récentes ont conclu que leurs émissions sont, dans la «vraie vie», de beaucoup supérieures aux estimations officielles. Par exemple, l’Union européenne exige des émissions moyennes de CO2 de moins de 50 grammes par kilomètre parcouru pour qu’un véhicule soit considéré comme «à basse émission» et qu’il se qualifie pour des subventions. Or un article paru en 2021 dans les Environmental Research Letters [https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/abef8c/pdf] a analysé les données de consommation réelle de plus de 100 000 hybrides rechargeables dans six pays, et a trouvé que la plupart d’entre eux émettaient en moyenne entre 50 et 300 g/km, donc jusqu’à six fois plus que la norme.

Une autre étude publiée l’été dernier dans le Journal of Cleaner Production [https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0959652622017978] est parvenue à des conclusions comparables (entre 1,5 et 2 fois plus que la norme).



Les raisons qui expliquent ces écarts seraient que les propriétaires d’hybrides rechargeables parcourraient régulièrement des distances plus grandes que l’autonomie de leur batterie et qu’ils ne la feraient pas recharger à chaque soir. Il faut dire que dans bien des centres-villes où les places de stationnement privées sont très rares, la recharge est souvent impossible à moins de pouvoir se stationner directement devant son logement.

En outre, un rapport récent du Conseil international sur les transports propres (ICCT) [https://theicct.org/wp-content/uploads/2022/06/can-zev-reg-options-jun22.pdf] a évalué les réductions de CO2 liées à plusieurs scénarios pour voir quelles mesures permettraient au Canada d’atteindre sa cible de zéro émission nette d’ici 2050. Celui qui s’en approchait le plus (93 % moins de CO2 des véhicules légers en 2050 par rapport à 2021) impliquait d’interdire les ventes d’hybrides rechargeables en 2035 afin de ne plus vendre que des véhicules entièrement électriques après cette date.

Deux autres scénarios envisagés menaient eux aussi à des réductions substantielles, mais pas tout à fait autant : 88 % moins de CO2 si on ne faisait que plafonner les ventes d’hybrides à 20 % des ventes de voitures électriques, et – 86 % sans limite aux hybrides rechargeables.

Notons que les objectifs actuels du Canada (40-45 % de réduction des GES d’ici 2030) sont un peu moins ambitieux que ceux de l’Accord de Paris (-50 % avant 2030).

Verdict

Pas faux, comme disait l’autre. Les hybrides rechargeables réduisent clairement les quantités de CO2 rejetées dans l’air si on les compare aux voitures conventionnelles, mais leurs émissions réelles semblent avoir été sous-estimées et certains résultats de recherche suggèrent qu’on s’approcherait davantage de nos objectifs climatiques en passant le plus vite possible aux voitures entièrement électriques.