Chronique|

2023 en Mauricie-Centre-du-Québec: vers une lancée économique dure à inverser

L’investissement de 340 millions $ pour le doublement de l’autoroute 55 marquera sans aucun doute la prochaine année sur le plan économique de la région.

CHRONIQUE / On peut penser que même Nostradamus préférerait passer son tour tellement l’année 2023 s’annonce imprévisible sur différents plans, mais en particulier sur celui de l’économie.


On pourrait évacuer tout de suite la question politique.

À part quelques divisions installées à demeure comme au sein du conseil municipal de Trois-Rivières ou venant des estrades, comme à Shawinigan, et quelques désaccords jamais rassasiés dans quelques villages ou municipalités de la région, tout s’annonce stable au niveau de Québec et même si des élections fédérales étaient déclenchées, ce qui est assez probable, on n’anticipe pas encore de changements perturbants pour la région. Pas encore!



On ne dira pas que c’est au beau fixe, mais ça apparaît assez fixé.

Par contre, selon l’humeur du jour et les considérations de chacun des prévisionnistes en matière d’économie qui s’y risquent, on peut faire l’inventaire de tout le vocabulaire économique dépressif existant... ralentissement ou contraction n’étant que des amuse-gueules dans cette litanie indigeste.

Il y a l’inflation qui ne devrait pas nous lâcher et qui, même si elle se résorbait un peu, serait en référence à celle de 2022, donc en surplus. C’est-à-dire que tout restera beaucoup plus cher qu’avant même si la croissance des prix ralentit ou se stabilise.

D’autres prévoient une récession, déjà palpable, qui au moins, pour les plus optimistes, nous assombrirait seulement pour les six prochains mois de l’année. Pour d’autres, comme rien de bon n’apparaît dans leurs lunettes d’approche, il faudrait plutôt s’armer de patience et de beaucoup de résistance personnelle.



Comme rien n’est parfaitement convaincant, d’autres se réfugient derrière des amalgames comme inflation/récession pour en décliner une stagflation.

On ne va pas jusqu’à parler de dépression (pas encore). Car on a beau avoir connu à peu près tous les cycles économiques, il y a ce vécu des années 30, après un certain krach boursier, qu’on a toujours bien réussi à ne pas ramener dans l’actualité. Ajoutez à cela de puissants facteurs d’influence comme la guerre égocentrique à Poutine en Ukraine qui menace de déraper et l’envie irrépressible de quelques autocraties semblables et perturbées comme la Chine, l’Iran ou la Corée du Nord qui pensent à se sortir de leurs insoutenables tensions intérieures en ralliant leur bon peuple sous couvert de nécessité à faire la guerre aux décadentes démocraties. Pour établir un nouvel ordre mondial! Du coup, toutes nos prévisions économiques, bonnes ou mauvaises, prennent le champ.

Si on veut être timoré, on a de quoi s’entretenir.

N’empêche que si on prend acte de ce qui est déjà en cours, de ce qui est annoncé, de tout ce qui est déjà très avancé dans les cartons, au point que ça déborde, notre ami, le prophète de Notre-Dame, n’hésiterait cette fois assurément pas à nous prédire pour la Mauricie et le Centre-du-Québec une année 2023 vraisemblablement explosive sur le plan de l’économie.

Peu importe où l’on regarde dans la région, il y a des investissements lourds qui sont engagés ou sur le point de l’être qui constituent une partie de la trame de fond économique qui se dessine.

À La Tuque, par exemple, on devrait profiter dès 2023 des travaux préparatoires à la réhabilitation de la centrale de La Trenche.



Certes, on n’en est encore qu’à l’étude, avec un avant-projet dans lequel on investira une trentaine de millions de dollars. Mais, compte tenu des besoins futurs considérables du Québec en hydroélectricité, il sera difficile de ne pas devoir y donner suite. Il s’agit d’investissements qui pourraient atteindre le milliard de dollars.

Mais comme on aurait aussi des remises à niveau à faire à Beaumont, à Rapide-Blanc, à Gouin... il y a une prospérité latuquoise plutôt acquise.

Quand on voit une entreprise comme Kongsberg, à Shawinigan, qui a haussé ses salaires de 24% pour attirer près d’une centaine d’employés additionnels, elle qui en comptait déjà 400, on se dit que les affaires sont plutôt rassurantes, au moins à moyen terme.

La Société du parc consacre une quarantaine de millions $ en aménagement pour accueillir les entreprises de la filière batterie.

Et c’est loin d’être la seule entreprise du Centre-de-la-Mauricie à avoir pris de l’expansion.

Certes, Moteurs Taïga, qui veut y fabriquer 70 000 motoneiges et motomarines électriques par année, a dû réévaluer son échéancier. Mais quand tout va être en place, ça sera majeur.

Cela peut paraître un peu rapide, mais l’américaine Ligtening Energy a aussi promis pour 2023 l’installation à Shawinigan de sa québécoise Réseau allégé Québec, avec une vaste usine d’assemblage d’éléments pour batteries électriques stationnaires.

Le maire Michel Angers a laissé filtrer cet automne qu’il y aurait effectivement bientôt de grosses annonces sur le plan économique.

À Trois-Rivières, où le taux de chômage est descendu en 2022 à presque 3%, on peut dire que l’économie marche rondement.



Il y a toujours plein de projets industriels, à commencer par ceux qu’IDE Trois-Rivières aimerait bien implanter le long de l’autoroute 40, dans son parc industriel Carrefour 40-55. Il faudra bien sûr attendre de voir si la nouvelle mouture d’aménagement de cette bande de terre humide parvient à apaiser les fortes réserves exprimées jusqu’ici par les écologistes.

Il est devenu difficile de se rabattre à Trois-Rivières sur d’autres terrains à vocation industrielle, car on est complet ou presque à peu près partout.

L’UQTR va quand même mettre en chantier cette année, au centre-ville au coût de 46 millions $, un pavillon de recherche sur les technologies vertes et durables et juste à côté de celui-ci, IDE Trois-Rivières va construire L’Ouvrage qui accueillera des entreprises et des organisations du domaine de l’agroalimentaire, faisant de Trois-Rivières une destination incontournable pour les «foodies».

À Louiseville, le casse-tête du maire Yvon Deshaies, c’est l’approvisionnement en eau pour satisfaire aux besoins industriels, mais aussi des terrains à bâtir, à différentes fins.

Mais quand on emprunte le pont Laviolette, c’est un déluge d’investissements, pour diverses raisons, mais surtout, pour préparer la mise en place de la filière batterie.

Québec vient de confirmer l’investissement de 340 millions $ dans le doublement de l’autoroute 55 alors que plusieurs autres dizaines de millions sont en cours d’investissement pour améliorer l’autoroute 30 et ses abords, et que la Société du parc consacre une quarantaine de millions $ en aménagement pour accueillir les entreprises de la filière batterie. C’est en 2023 qu’on posera vraiment les premiers jalons à Bécancour de cette filière alors que les usines de GM-Posco et de BASF doivent être mises en construction, ce qui devrait aussi être le cas de Nemaska Lithium et de Nouveau Monde Graphite.

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a confirmé cette semaine dans nos pages qu’il partageait toujours son immense enthousiasme pour le déploiement en 2023 de cette filière industrielle sur laquelle reposera une partie de l’économie du Québec des 50 prochaines années.

C’est en milliards qu’il faut compter les investissements dans la construction de ces usines et les multiplier pour les investissements indirects. Comme il faudra multiplier par trois ou quatre les emplois de haute rémunération qui y seront offerts pour les emplois indirects ou qui seront induits. On parle de plusieurs milliers d’emplois au total... jusqu’à 15 000 ou même 20 000 en cinq ans, dans toute la région, si on va au bout des projections.

Ajoutez à cela la reconnaissance de la zone d’innovation Shawinigan–Trois-Rivières–Bécancour en transition énergétique qui devrait bien arriver en 2023, et c’en devient étourdissant. On doit appréhender, dans un contexte de pénurie d’emplois sévère, les défis gigantesques de recrutement de personnel qu’il faudra relever, autant durant la phase de construction que dans celle, à long terme, des opérations.

Moteurs Taïga, qui veut y fabriquer 70 000 motoneiges et motomarines électriques par année, a peut-être dû réévaluer son échéancier, mais quand tout va être en place, ça sera majeur.

Alors qu’on est aussi partout dans la région en rareté de logements, on peut penser que même si l’APCHQ prévoit une chute importante des mises en chantier au Québec dans les mois qui viennent, on va entendre pas mal de bruits de marteau en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Bien sûr, il y a des coûts de construction qui sont en révision et qui peuvent faire réfléchir un peu. Il y a aussi un ralentissement mondial dans la production de voitures électriques. Il y a aussi l’importance d’attirer au Québec au moins un fabricant de cellules, une pièce maîtresse pour espérer constituer une filière intégrée. Il y a enfin une concurrence internationale qui s’amplifie pour produire tout ce qui est relié aux batteries, en particulier celle venant des États-Unis, qui sortent maintenant leurs gros dollars pour détourner des projets en leur faveur.

Reste que le Québec a déjà tellement investi pour mettre en place cette filière batterie qu’il ne peut à toutes fins utiles plus reculer, quitte à allonger quelques avantages additionnels pour au moins ficeler les dossiers qui sont déjà presque emballés. Alors, l’économie générale peut bien faire des soubresauts et la planète politique et militaire s’entredéchirer, sur le plan de l’économie, la Mauricie et le Centre-du-Québec devraient se retrouver comme dans l’œil du cyclone.