Cristina Moscini: quand l’incendie n’arrive pas qu’aux autres

Il ne reste que des débris là où se trouvait l’immeuble à logements qu’habitait Cristina Moscini, à Shawinigan.

En pleine nuit, mercredi, Cristina Moscini a dû évacuer son logement en catastrophe alors que celui-ci était la proie des flammes. Il n’en reste plus rien que des cendres à présent. Il y a trois jours à peine, notre collègue François Houde avait dressé le portrait d’une autrice sobre et exilée à Shawinigan tandis que sa pièce S’aimer ben paquetée prenait l’affiche à La Bordée. Elle était encore sous le choc lors d’une entrevue accordée au Nouvelliste.


«Ma réalité n’est pas vraiment différente des autres locataires de ce bloc de six logements», dit-elle. Huit occupants ont été évacués de l’immeuble, dont une famille de cinq personnes. Non, pas différente, sauf que son statut de personnalité publique permet aujourd’hui de mettre des mots et un visage sur un drame que vivent tant de locataires, chaque année, au Québec.

Quand tout part en fumée

Réveil brutal. Un voisin criait «au feu!» Le brasier diffusait une forte lumière rougeoyante dans la cage d’escalier. Tout juste rentrée de Québec où la première de sa pièce a eu lieu lundi, elle a pris sa valise pas encore défaite, y a fourré son portable, son chargeur et son cellulaire et a fui son appartement du troisième étage.

«J’entendais un peu la panique des autres voisins; tout le monde cherchait à sortir de là rapidement. J’avais la chance d’avoir une amie qui est ma voisine en arrière et j’ai pu aller me poser rapidement et squatter son divan en attendant.» L’incendie a été d’une violence épouvantable, raconte celle qui voyait tout de chez cette logeuse de fortune.

L’autrice évoque l’entrevue accordée récemment au Nouvelliste, dans laquelle elle racontait son arrivée dans la région: «Je suis arrivée en Mauricie en 2018 avec mon laptop, mon téléphone pis mon sac de linge. Cette nuit je suis partie avec mon laptop, mon téléphone pis mon sac de linge. Il y a quelque chose de complètement surréel là-dedans».

Cristina Moscini

L’autre élément évoqué dans cet entretien, c’est la qualité des relations et du tissu communautaire dans lequel cet exil choisi l’a plongée. Une réalité qui se confirme, quelques heures à peine après l’incendie, alors que son réseau lui offre des biens matériels de remplacement, de l’aide financière (Gofundme) le temps de se relever et de l’hébergement temporaire.

«Je repars à zéro, je suis en recherche d’un appartement. Je sens déjà le réseau qui est fort, dans la communauté. Mais minute par minute, c’est dur d’assimiler que tout est parti.» La jeune femme vivant seule, sans assurances et sans plantes vertes, espère retomber sur ses pattes rapidement. Ira-t-elle jusqu’à prendre une assurance logement dans cette prochaine étape? «Ce serait la chose adulte et responsable à faire pour l’avenir. Ce qui est arrivé est la preuve que c’est des choses qui peuvent arriver à tout le monde. Je ne sais pas ultimement la leçon que je tirerai de tout ça dans le futur», soupèse-t-elle avec une note de sagesse.

Le drame qui a affecté les locataires de l’immeuble réduit en cendres, sur la 4e rue de la Pointe à Shawinigan, met en relief une autre réalité: l’augmentation du prix des logements qui représente une hausse de loyer, pour une personne seule, de quelques centaines de dollars par mois. C’est le constat que fait Cristina Moscini, dans sa recherche d’un 3½ disponible rapidement, idéalement meublé et près des circuits de transport en commun.

Ce fait divers qui n’arrive pas qu’aux autres 

«Comme tout le monde, je lis à peu près tous les ans, aux changements de saisons, que c’est des choses qui arrivent souvent dans des blocs semblables», évoque la jeune femme qui peine encore à croire ce qui vient de se dérouler sous ses yeux. «On voit ça et on n’est pas préparé personnellement. On ne pense pas que ça va “nous” arriver. Mais je peux témoigner qu’on est sur le cul un peu quand ça nous arrive.»

Bien que l’impact d’un incendie s’avère amoindri lorsqu’il ne cause pas de perte de vie humaine, il n’en demeure pas moins que de voir toute trace de son passé envolée en fumée, c’est une lourde perte. Parfois bien plus lourde que tous ces électroménagers qui nous rendent le quotidien confortable. 

Mais en tant qu’artiste, Cristina s’émeut quand on évoque la destruction de ce qui pourrait ressembler à des ébauches de création, des notes manuscrites, des carnets, des esquisses de projets... «C’est douloureux d’y penser», dit-elle dans un rire qui cache sans doute une autre émotion. «Heureusement, c’est sûr que maintenant, je fonctionne beaucoup avec des notes numérisées», confie-t-elle avec soulagement.

C’est minute par minute que Cristina Moscini apprend à faire son deuil de ces biens matériels non monnayables, ceux qui ont une bien plus grande valeur affective qu’un frigidaire, même plein. «C’est vraiment drôle comment on se sent. Je repense à des choses qui étaient chez nous, mais une affaire à la fois.» C’est ainsi qu’elle fera le bilan de sa perte, objet par objet, livre par livre, photo par photo. «Je réalise que ça n’existe plus et c’est vraiment étrange comme sentiment», exprime-t-elle.

«C’est difficile à absorber d’un coup, tout ça. Ça va vite. Et la violence du feu, c’était horrible», lâche-t-elle. C’est à ce moment précis de l’entrevue que sa voisine lui apprend qu’il ne reste plus rien de l’immeuble qu’elle habitait, entièrement rasé par les flammes et la pelle mécanique.

«J’essaie de rester dans le mode solution et d’aller vers l’avant», résume celle qui fait de sa relocalisation son objectif prioritaire, afin de pouvoir vite se remettre à l’abri et au travail. Car les projets artistiques de Cristina Moscini, eux, ont très bien su résister aux flammes. «Si je suis encore là, c’est que je suis capable d’affronter le reste», affirme-t-elle, reconnaissante.