Une marche pour des femmes sans peur

Organisée par le CALACS de Trois-Rivières, la marche «La rue, la nuit, femmes sans peur» s’est tenue à Trois-Rivières, l’an dernier, pour la première fois depuis de nombreuses années. Le CALACS Entraid’Action se joint à l’événement cette année.

Quelle femme n’a jamais eu peur en marchant seule dans la rue après le coucher du soleil? Une réalité dénoncée par les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Trois-Rivières et Entraid’Action qui tiendront la marche «La rue, la nuit, femmes sans peur», le vendredi 16 septembre, à 19h, à partir de la bâtisse industrielle, dans le cadre de la 41e Journée d’action contre la violence sexuelle faite aux femmes.


«Le but de cette marche, c’est de revendiquer le droit des femmes à la sécurité lorsqu’elles se promènent dans la rue», souligne Camille Souza, coordonnatrice du CALACS de Trois-Rivières. «La marche ‘‘La rue, la nuit, femmes sans peur’’ existe depuis la fin des années 70 pour dénoncer justement les violences sexuelles et pour que les femmes se réapproprient l’espace public», explique Marie-Ève Lajoie, coordonnatrice du CALACS Entraid’Action, qui dessert le Centre-de-la-Mauricie, Mékinac et la Haute-Mauricie.

«Considérant les nombreux féminicides au Québec, cette marche est toujours d’actualité», note les CALACS. Cet événement a pris naissance aux États-Unis avant de devenir un mouvement international. Si cette marche a fait relâche pendant de nombreuses années à Trois-Rivières, elle a repris l’an dernier réunissant une centaine de personnes. On espère en accueillir deux fois plus cette année.



«C’est une cause qui nous tient à coeur. C’est quand même grave et dommage qu’actuellement, les femmes ne se sentent pas libres de pouvoir aller dans la rue la nuit sans subir de harcèlement, par exemple, ou de risque d’agression», déplore Mme Souza.

Même si les villes et municipalités de la Mauricie sont considérées comme des endroits sécuritaires, plusieurs de leurs citoyennes ne peuvent s’empêcher de regarder par-dessus leurs épaules lorsqu’elles doivent se déplacer à pied au coeur de la nuit. «Je pense que pour toutes les femmes, peu importe la région, ça reste un enjeu quand même important», estime Mme Lajoie.

Est-ce qu’il y a un espoir que ça change?

«Oui, sinon on arrête de se battre, lance Mme Souza. On y croit. On essaie. On est là pour ça. On fait de la prévention. On fait beaucoup de choses pour que les mentalités et le monde évolue.» «Je pense qu’il faut sensibiliser, il faut lutter pour des changements sociaux. On croit beaucoup à la prévention, la sensibilisation et l’éducation populaire pour agir en amont sur la lutte aux violences sexuelles», renchérit Mme Lajoie.



Cette marche marque la Journée d’action contre la violence sexuelle faite aux femmes, qui se tient chaque troisième vendredi du mois de septembre et dont le thème cette année est «Se parler, en parler: vers une culture du consentement». «On veut continuer à marteler que les violences sexuelles, c’est inacceptable. Il faut croire les victimes, les soutenir. L’objectif de cette journée, c’est vraiment de démontrer qu’on veut lutter contre les agressions à caractère sexuel et contre le régime de peur qui entoure les femmes. On est encore dans une société où il y a une culture du viol, où les violences sexuelles sont trop souvent banalisées», déplore Joanne Blais, directrice de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie (TCMFM).

Le mouvement #moiaussi a révélé l’ampleur de la culture du viol.

La route vers une culture du consentement semble sans fin, mais déjà de la lumière se pointe à l’horizon.

«Ce qu’on constate, c’est qu’il y a de plus en plus de femmes qui vont dénoncer tôt. Avant, on parlait d’une attente d’environ 13 ans avant d’en parler. Maintenant, on se rend compte qu’il y a une amélioration au niveau de la dénonciation. Les femmes dénoncent davantage, mais ça reste une problématique dont il faut se soucier et se préoccuper. Pour ça, ça passe beaucoup par la solidarité d’une communauté», fait valoir Mme Lajoie.

«La parole se libère, les mentalités ont quand même tendance à évoluer. Ce n’est pas encore fini, mais on est sur une voie qui est quand même positive. Il y a de plus en plus de scandales qui éclatent un peu partout parce que les gens osent parler et qu’ils se rendent compte que les attitudes sont intolérables. Je pense qu’il y a une prise de conscience, mais il y a encore beaucoup de travail», note Mme Souza.

«L’idée, c’est d’essayer de changer les mentalités et d’espérer un jour enrayer ces violences, conclut Mme Blais. On l’espère pour nous et pour nos filles.»



Toute la population, peu importe l’âge ou le genre, est invitée à prendre part à cette marche.

Elle se tient de la bâtisse industrielle jusqu’au port de Trois-Rivières.

Un service de navette est offert gratuitement aux participants pour les raccompagner au stationnement de la bâtisse industrielle à la fin de l’évènement.