Le Bloc dénonce le taux de refus des étudiants francophones étrangers

Les députés bloquistes René Villemure et Alexis Brunelle-Duceppe.

«La situation est catastrophique au niveau de la rentrée scolaire de nos institutions postsecondaires par rapport aux étudiants étrangers qui proviennent spécifiquement de l’Afrique de l’ouest francophone ou du Maghreb. Il y a un taux de refus qui frôle la stratosphère présentement.»


Voilà ce qu’a voulu dénoncer, jeudi, à Trois-Rivières le porte-parole bloquiste en matière d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté, Alexis Brunelle-Duceppe, en compagnie de son collègue trifluvien, René Villemure.

Selon le duo, l’UQTR a recensé un taux de refus de visa étudiant de 79% en 2021 contre 58% à l’Université du Québec à Chicoutimi et 56% au Cégep de Saint-Félicien. Pendant ce temps, à l’Université McGill, ce taux n’était que de 9%.



Parmi les motifs évoqués, IRCC (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté du Canada) affirme ne pas être convaincue que les demandeurs quitteront le Canada à la fin de leurs études en plus de mettre en doute leur capacité financière à subvenir à leurs besoins. «Pourtant, plusieurs d’entre eux reçoivent des bourses ou exemptions de frais de scolarité ainsi qu’un soutien financier de leur famille», ont fait valoir les élus du Bloc.

À l’initiative d’Alexis Brunelle-Duceppe, le Comité de la citoyenneté et de l’immigration, dont le député bloquiste est le vice-président, s’est attaqué à l’enjeu des étudiants étrangers francophones au printemps dernier. Son rapport comporte 35 recommandations qui ont été acheminées au ministre de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Sean Fraser. Mais à ce jour, aucune n’a encore été mise en application.

«En appliquant uniquement la recommandation 15 du Comité stipulant que l’intention de s’établir au Canada ne nuise pas à l’obtention d’un permis d’étude, on règle déjà une grosse partie du problème. Que ces étudiantes et étudiants veuillent rester ou non après leurs études, ça ne devrait même pas être une préoccupation du gouvernement fédéral. Il s’agit de francophones, avec un diplôme en main et un cercle d’amis au Québec», a souligné le député de Lac-Saint-Jean.

Pour son homologue de Trois-Rivières, une telle situation contribue directement au déclin de la langue française au Québec, en plus de priver sa région d’étudiants et, subséquemment, de travailleurs.



«Lors de mon passage à Kigali, en juillet dernier, à l’occasion de la 47e Assemblée des parlementaires de la francophonie, j’ai été interpellé par de nombreux dirigeants d’États africains à ce sujet qui ne trouvent pas sérieux de la part d’un pays du G8 de dire: venez, qu’on vous refuse», a raconté M. Villemure.

Celui-ci a rappelé que dernièrement, Statistique Canada faisait état d’une diminution marquée du pourcentage de personnes dont le français est la langue maternelle, «ce qui justifie d’autant de prendre les actions requises pour contrer ce type de pratique discriminatoire».

«La discrimination faite par le gouvernement libéral à l’égard des étudiants étrangers francophones est inacceptable et constitue un réel problème systémique pour lequel nous nous devons d’agir», ont plaidé les deux hommes.

L’UQTR déplore la situation

«C’est certain qu’un taux de refus de cette nature là, ça ne nous rend pas heureux. C’est sûr qu’on déplore cette situation-là». Voilà comment le directeur du Bureau des relations internationales à l’UQTR, Sylvain Benoit, a réagi à cette problématique soulevée par le Bloc québécois.

«On met beaucoup d’efforts pour recruter des étudiants internationaux,les équipes du recrutement vont sur le terrain, sont en relation avec les étudiants qui font des demandes d’admission. Le registrariat fait l’analyse des dossiers, envoie des lettres d’admission. Donc, évidemment, on souhaite un taux de retour qui est plus élevé», a-t-il confié au Nouvelliste.

Celui-ci explique que l’UQTR est l’université du réseau de l’Université du Québec qui reçoit le plus d’étudiants africains au prorata de sa population. «Ce sont surtout les pays d’Afrique francophone qui ont des taux d’acceptation de permis d’étude les plus bas. On se retrouve donc d’emblée à avoir un taux de refus plus élevé», avance-t-il comme raison.

«Qu’est-ce qui explique ça dans les pays d’Afrique francophone? Là, on pose des questions à Immigration Canada, comment se fait-il que dans certains pays, le taux d’acceptation est seulement à 30% alors qu’il est de 75%, 80% dans d’autres pays d’Asie. Nous, on questionne parce que dans le fond, ce qu’on se dit, c’est qu’il doit y avoir une équité dans l’analyse des dossiers des étudiants internationaux, peu importe leur provenance», soutient M. Benoit.

S’il y a un doute sur l’équité, dit-il, «il faut travailler, trouver des solutions». «On pense que dans plusieurs cas, il manque de personnel dans certains bureaux de traitement de permis d’étude à IRCC. La pandémie n’a aidé personne à cet égard-là et il ne faut pas oublier que l’année dernière, les étudiants internationaux pouvaient difficilement venir au Canada», fait-il remarquer.

«Là, on a un surcroît de demandes. Ça nous réjouit, mais on aimerait bien qu’ils aient leur permis d’étude. Il y a un enjeu au niveau des ressources et peut-être au niveau des processus. Notre recteur a siégé au comité parlementaire sur la question, on est allé présenter les motifs de l’UQTR et pourquoi ce serait important qu’on s’y attarde et on veut collaborer pour trouver des solutions», tient-il à faire savoir.

Et pour ceux qui parviennent à obtenir leur visa étudiant, ils doivent tenter de trouver une place où rester. «Le logement étudiant est un défi actuellement à Trois-Rivières. Depuis plus d’un an, on a mis en place des mesures, des équipes de travail pour tenter de trouver des solutions, accompagner les étudiants internationaux qui se retrouvent avec des difficultés de logement. On invite la communauté, des gens qui ont des chambres à louer, des appartements disponibles, à appeler à l’UQTR, au service aux étudiants, pour nous informer de ces disponibilités, qu’on puisse les partager aux étudiants internationaux et nationaux», a conclu M. Benoit.

À l’automne 2021, à l’UQTR, on dénombrait 2320 étudiants internationaux en provenance de 77 pays différents, sur un total de 15 000 étudiants. Et l’UQTR a vu le nombre d’inscriptions d’étudiants internationaux croître de 141% entre 2014 et 2021.