Sixpro: des travailleurs étrangers à la rescousse

Marc Dagenais, Sylvain Parenteau et Claude Fournier.

Marc Dagenais s’est récemment rendu à Montréal, plus précisément à l’aéroport de Dorval pour y accueillir un nouveau travailleur immigrant en provenance du Maroc. À leur retour vers la petite municipalité de Notre-Dame-Du-Bon-Conseil, située à mi-chemin entre Drummondville et Victoriaville, le directeur des ressources humaines de Sixpro en a profité pour faire goûter à son nouveau collègue sa toute première poutine, ce plat bien de chez nous créé justement dans la région du Centre-du Québec.


«C’est un arrêt incontournable», souligne Marc Dagenais qui a accueilli neuf autres travailleurs du Maghreb ou provenant d’ailleurs (Cameroun, Sénégal) sur ce continent au cours des dernières semaines. Une vingtaine d’autres se joindront à eux d’ici la fin de l’année, alors que l’entreprise a aussi embauché récemment cinq Marocains qui, toutefois, arriveront seulement vers la fin de 2023.

Le manque d’employés frappe durement cette entreprise spécialisée en revêtement de surfaces sur pièces métalliques pour le secteur industriel qui célèbre ses 40 ans cette année. «On s’empêche de soumissionner sur plusieurs projets et on a réduit de 40% le nombre de nos clients afin de mieux desservir les principaux», déplore le président-directeur général Claude Fournier.

L’entreprise, qui peint entre autres les transformateurs utilisés par Hydro-Québec ainsi que des pièces conçues pour les constructeurs d’autobus et de camions Nova Bus, Prévost Car et Paccar, souffre ainsi d’une baisse de revenus. La solution passe «nécessairement par le recrutement de travailleurs étrangers», indique Claude Fournier.

Appartements et maison meublés

Sixpro en fait évidemment beaucoup plus que la dégustation de la poutine pour accueillir des travailleurs étrangers. D’abord, entre le moment de leur embauche et de leur arrivée au Québec qui s’échelonne entre 12 et 18 mois, elle est en constante communication avec eux par le biais de rencontres virtuelles en visioconférences.

Puis, elle s’occupe notamment de leur dénicher un appartement entièrement meublé et de remplir le frigidaire – avec de la nourriture halal achetée à Drummondville pour les employés musulmans qui le souhaitent – pour les premiers jours de leur arrivée. La rareté des logements a même amené la PME à acheter une maison qui pourra accueillir six nouveaux employés.

«On est sur la liste d’attente de tous les propriétaires d’immeubles locatifs. Dès qu’il y en a un qui se libère, on le loue même s’il peut rester vacant pendant quelque temps en attendant l’arrivée des nouveaux employés», indique le directeur des finances Sylvain Parenteau, en ajoutant que l’entreprise pourrait même acheter une autre maison si nécessaire.

Faute de transport en commun dans ce secteur rural, les nouveaux employés font du covoiturage avec des dirigeants et des employés pour se rendre à l’usine qui se trouve à environ 4 km du coeur de cette ville de quelque 1400 habitants. On leur offre aussi de les accompagner à Drummondville pour faire l’épicerie ou du magasinage.

Pas de favoritisme

Par ailleurs, tous les chefs d’équipe et le personnel de gestion de Sixpro ont été invités à suivre une formation sur la diversité culturelle offerte par le Cégep de Drummondville. Cette initiative «a fait une grande différence. C’était important de bien connaître les différences de culture», commente Claude Fournier. Les nouveaux employés étrangers ont même été invités par des collègues pour célébrer la fête de la Saint-Jean-Baptiste.

«On en fait le plus possible pour faciliter leur arrivée et leur intégration», résume Claude Fournier. Mais pas question de faire du favoritisme, ajoute-t-il. «On ne veut pas donner des privilèges aux nouveaux travailleurs étrangers au détriment des employés qui tiennent le fort avec nous depuis plusieurs années. Ça ne donne rien de recruter cinq employés étrangers si on perd cinq employés de longue date parce qu’ils se sentent désavantagés.» Voilà pourquoi les logements ne sont pas fournis gratuitement, les coûts étant remboursés par des prélèvements sur la paie.

La pénurie de main-d’oeuvre a aussi poussé Sixpro à en faire plus pour l’ensemble de ses quelque 140 employés. Elle vient de renouveler la convention collective qui s’échelonne sur cinq ans en offrant des augmentations de salaire de 12% en moyenne la première année, puis de quelque 3,2% en moyenne pour les quatre autres années. L’entreprise a aussi bonifié sa contribution financière dans le REER collectif et ajouté une journée de maladie pour les employés.

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3 questions à Claude Fournier

1. Qu’est-ce qui vous motive, comme entrepreneur, comme dirigeant?

«La progression en équipe pour la pérennité de l’entreprise. Le travail doit avoir un sens. Nous voulons créer un environnement de travail où nos gens peuvent se développer, avoir du plaisir et une fierté à jouer leur rôle. La satisfaction des clients envers l’expérience globale de Sixpro est aussi importante.»

2. Si vous étiez en politique, quel enjeu économique retiendrait votre attention prioritairement – et comment le résoudre?

«La pénurie de main-d’œuvre. Je travaillerais sur trois éléments en particulier. J’améliorerais le programme de recrutement et d’embauche de travailleurs étrangers pour réduire la durée de traitement des dossiers et je le rendrais aussi moins restrictif en terme de nombre d’employés auxquels nous avons droit. Puis, le temps supplémentaire ne serait pas imposé, sinon beaucoup moins. Enfin, les retraités qui souhaitent continuer à travailler seraient également moins ou pas du tout imposés.»

3. Que feriez-vous si vous n’aviez peur de rien?

«Nous sommes dans un modèle d’affaires “ high mix/low volume ”, rendant plus complexe la robotisation de nos procédés. Si je n’avais peur de rien, j’éviterais de tenir compte des risques de toutes sortes et je réaliserais un premier projet en se sens.»

En collaboration avec l’École d’Entrepreneurship de Beauce