La richesse verte

Daphnée Blais est jeune ministre de l'Environnement de la Mauricie au sein de la Fondation Monique Fitz-Back. 

L'auteure, Daphnée Blais, est jeune ministre de l'Environnement en Mauricie pour la Fondation Monique Fitz-Back.


Honnêtement, il y a des moments où j’aimerais pouvoir modifier les lois de la nature à mon avantage. Retirer des mots comme dévastation ou conséquences du dictionnaire juste pour que ces concepts cessent d’exister. La vie deviendrait ainsi infiniment plus simple. Malheureusement, la réalité étant ce qu’elle est, le temps ne peut qu’avancer et ce qui est détruit, il le reste pour toujours.

Bien que nous, simples mortels, soyons soumis aux contraintes de la physique, il semble y avoir certains humains qui se placent au-dessus de ces règles. Ces êtres supérieurs, dont les noms trônent dans le palmarès des milliardaires de Forbes, dans le Fortune Global 500 ou, plus localement, dans le classement des 300 plus grandes entreprises du Québec, sont comme des demi-dieux au sommet de leurs gratte-ciel.



Pour nous, ils sont des modèles inspirants autant pour l’ingéniosité avec laquelle ils contournent les règles et exploitent les plus pauvres, que pour leur détermination sans limites que même la morale ne peut arrêter. Nulle histoire de succès ne s’achève sans gloire ou fortune, car tel est l’idéal de notre société: une personne riche capable de prioriser ses finances par rapport à la vie.

J’espère que vous comprenez que mon ton est sarcastique et que je ne crois pas un instant que l’avarice puisse être une vertu. Honnêtement, je n’aurais jamais cru possible de ne serait-ce qu’imaginer un tel monde où des billets de papier font office de divinités si ce n’était du monde tordu dans lequel nous vivons. La vie moderne nous a dépouillés des plaisirs simples de la vie pour nous transformer en travailleurs automates.

De nos jours, aucun sacrifice n’est trop grand pour le prestige matériel. Dès que l’argent s’en mêle, nous sommes prêts à terrasser de magnifiques forêts et à ravager nos paysages québécois pour en faire du vulgaire papier brun. Nous arrachons un refuge durable aux générations présentes et futures uniquement afin de sentir le toucher de l’argent quelques secondes. Ne nous demandons-nous jamais si tout cela en vaut la peine?

Pourtant, la forêt est un besoin essentiel autant que le sont la nourriture, l’eau, les remèdes de même que le bien-être physique et mental, car elle est tout ça à la fois. Une forêt, c’est plus que des arbres alignés en rang. Une forêt, c’est un écosystème débordant de vie, c’est un espace de plein air paisible et, pour les peuples autochtones, c’est aussi un chez-soi.



Il peut être difficile pour nous qui vivons un mode de vie radicalement différent de concevoir la grandeur de l’attachement entre les membres des Premières nations et leur environnement ou de comprendre qu’à leurs yeux, les arbres représentent une part de leur culture, de leur territoire et de leur identité. Sans compter que plusieurs de ces peuples se servent de ces espaces comme source de nourriture et de remèdes.

Nous ne pouvons pas leur retirer un tel joyau, encore moins sous prétexte de satisfaire une soif insatiable de richesse. Contrairement à ce que plusieurs pensent, l’argent n’est pas une baguette magique; on ne peut pas simplement le brandir en espérant que cela résoudra tout par magie. Même s’il est vrai que les nations amérindiennes ont besoin de revenus, il est faux d’affirmer qu’une maigre compensation suffit à compenser l’étendue des dégâts infligés à leurs terres. Sérieusement, détruire un espace important pour eux est-il vraiment le seul moyen de financer ces démunis? Selon moi, on ne peut pas traiter des concitoyens ainsi.

Par ailleurs, quand bien même une végétation n’est liée à aucune nation autochtone, elle demeure tout autant nécessaire à protéger. Nous considérons la nature comme une possession sur laquelle nous détenons un pouvoir de vie et de mort, alors que c’est elle qui nous a créés. Dire que nous pouvons la sacrifier à notre guise est tout simplement égoïste.

Que faisons-nous des animaux? Nous laissons de splendides oiseaux et de jolis petits papillons souffrir et mourir comme s’il n’était que des taches de sang. Et que faisons-nous des tonnes de dioxyde de carbone qui resteront en suspens, que faisons-nous des îlots de chaleur qui se créent en absence de verdure, que faisons-nous des sols qui ont besoin des minéraux et de la stabilité des arbres? Nous laissons notre planète se mourir sous prétexte que l’argent le veut.

Au final, nous avons besoin de forêts, de vraies forêts, pas de minuscules petites pousses fragiles et mal entretenues, ni de monocultures vulnérables aux maladies; des vraies forêts remplies de couleurs et de chants d’oiseaux. Nous devons mieux protéger les quelques espaces qu’il nous reste et réfléchir avant de tout raser, car, après tout, il s’agit d’une décision irréversible et lourde de conséquences.

Tout d’abord, cessons de financer aussi généreusement ces actes de destruction massive. Limitons notre consommation de bois et de papiers de toutes sortes. Impression papier, papier brun, papier cadeau, etc., si des alternatives s’offrent à nous, utilisons-les.



Diminuons également notre usage des autres éléments issus des arbres comme la cellulose, l’hydroxyethilcellulose (CMC), le xylitol, et plus encore. Bien que moins connus, ces dérivés du bois se cachent pourtant dans de nombreux items du quotidien : serviettes, dentifrice, maquillage, peinture, pour ne donner que quelques exemples.

Pour les trouver, rien de plus facile, il suffit de parcourir la longue liste d’ingrédients douteux et incompréhensibles de chacun de ces produits. Par exemple, dans mon shampoing, l’hydroxyethilcellulose se situe quelque part entre le chlore de behentrimonium et l’hydroxypropyltrimonium. Nous pouvons répéter cet exercice avec chaque produit ou simplement essayer d’en acheter avec des listes plus courtes et compréhensibles, ou, encore mieux, essayer de créer nos produits nous-mêmes à l’aide de tutoriels.

En plus de par nos achats, nous pouvons en outre protéger nos forêts par nos actions citoyennes. Lorsqu’un espace vert près de chez nous est menacé, c’est à nous de le protéger. Nous pouvons nous mobiliser, faire des pétitions, manifester et utiliser notre voix pour dénoncer les actes irresponsables. D’autres l’ont fait et ont réussi. C’est par exemple le cas de l’organisation Pincourt Vert, qui a réussi à sauver la Forêt Rousseau de la déforestation, ou encore de la Nation huronne-wendat de Wendake qui est parvenue à préserver la forêt du lac à Moïse, une des dernières forêts encore vierges au Québec.

Nous devrions nous inspirer d’eux. À mon avis, ce sont eux que nous devrions citer comme modèles de courage et de détermination, et non pas les soi-disant « grands » hommes d’affaires qui polluent à tout bout de champ pour se faire de l’argent. Comme Albert Einstein l’a si bien dit : « La valeur d’un homme tient dans sa capacité à donner et non dans sa capacité à recevoir.»

Vous pouvez consulter un exemple de mobilisation écologique réussie en cliquant ici