Qui devrait VRAIMENT se faire vacciner contre le coronavirus?

OPINIONS / L’auteur, Frédéric Picotte, est médecin de famille et médecin d’urgence à Shawinigan. Il est également professeur adjoint de clinique en médecine familiale et médecine d’urgence à l’Université de Montréal.


L’année 2020 finit avec l’arrivée des premiers vaccins contre la COVID-19: 94 % efficace, encore davantage pour prévenir une maladie grave. Des dizaines de milliers de personnes ont déjà reçu le vaccin sans signal d’effets indésirables majeurs.

Pourtant, le vaccin contre le Coronavirus fait bien des sceptiques. Selon les sondages, 30 à 40 % de la population mentionne avoir des réserves. On parle d’absence de recul. On craint des complications graves, non encore décelées.



Dans ce contexte, qui devrait VRAIMENT se faire vacciner?

Voyons quelques exemples…

Je vis en CHSLD

Vous avez eu la COVID, vous pouvez vous permettre d’hésiter… Sinon, vous avez vu les nouvelles: vous êtes VRAIMENT à risque! Et c’est pourquoi on vous vaccine déjà sur le champ. On veut tous que les CHSLD redeviennent des milieux de vie… et non de mort.

Je suis âgé et dans une résidence pour aînés

Là encore, en proximité avec bien du monde, et confiné déjà depuis trop longtemps. Vous n’avez pas des années à perdre, et tout le monde vous dit de rester chez vous pour votre sécurité. C’est injuste! Surtout au prix au pied carré que vous payez! Si tout le monde à la résidence se fait vacciner, gageons qu’en l’absence de nouveaux cas en RPA, les hospitalisations vont diminuer et les mesures seront plus vite levées. Soyez persuasif dans vos résidences, sans faire du porte-à-porte à ce sujet! Chaque vaccin reçu en RPA est un pas de plus vers la liberté.



Photo : sylvain mayer Dr Frederic Picotte

Je suis atteint d’une maladie chronique

On sait que 90 % des hospitalisations au Québec sont associées à la présence d’une maladie chronique (maladie cardiaque, pulmonaire, diabète, obésité...). Selon votre maladie chronique ou leur somme, votre risque de mourir est multiplié… 3 à 10 fois plus de chances que votre voisin en bonne santé. C’est sans parler des séquelles à long terme, quand on s’en sort. Parmi une cohorte de patients hospitalisés, 64 % avaient toujours des symptômes respiratoires trois mois après le congé.

Une étude italienne de patients hospitalisés, d’âge moyen de 56 ans, a démontré que 87 % des patients présentaient encore au moins un symptôme lié à la COVID deux mois après la maladie: 53 % fatigue, 43 % essoufflement et 27 % douleurs articulaires. Combien de temps encore souffriront-ils? Personne ne le sait… on n’a pas assez de recul sur cette maladie… trop tôt pour dire si ce sera à vie. Alors, si vous êtes atteint d’une maladie chronique et donc plus à risque d’hospitalisation et de complications, à moins de vivre en ermite ou comme coureur des bois, je vous conseille le vaccin dès que vous y avez droit… car statistiquement, c’est vous qui risquez d’en payer le prix.

Je suis jeune, en bonne santé, et travailleur de la santé

Je fais partie de cette catégorie. Nous ne sommes pas à haut risque de décès ou d’hospitalisation. Cela ne veut pas dire que la COVID ne nous affecte pas, malheureusement. Une étude québécoise en attente de publication de plus de 5000 travailleurs de la santé reporterait que près de 70 % ont toujours une atteinte de l’odorat à 60 jours après la maladie. Parmi 26 athlètes américains de compétition (aucun hospitalisé) testés positifs pour la COVID, 43 % ont démontré des évidences d’atteinte cardiaque à l’IRM 12 à 53 jours après l’infection. Une étude de New York a rapporté 5 cas d’AVC majeur chez des patients de moins de 50 ans sur une période de deux semaines, pendant la première vague. Tous ont testé positifs à la COVID. Plusieurs études de cas font aussi mention de symptômes neurologiques comme des maux de tête persistants, une atteinte cognitive des mois après la maladie («brain fog») et même des cas de Guillain-Barré. Et ça ne fait qu’un an que la maladie est parmi nous: «Ce qu’on veut savoir, c’est comment tous ces gens vont se porter dans 5, ou 20 ans? Est-ce qu’ils vont respirer, courir, penser et goûter du vin comme avant?» (Andreas Kluth). Mais l’argument le plus solide du vaccin pour nous: c’est un moyen efficace de prévenir les éclosions parmi le personnel. C’est donc notre meilleure arme contre le délestage et les temps supplémentaires obligatoires.

Je suis jeune étudiant, en santé, et je n’en reviens pas qu’on fasse ça pour une «grippe»

Je sais que tu es engagé et que tu t’impliques vraiment dans ce qui fait du sens pour toi. Tu nous as déjà montré ta capacité d’adaptation avec les cours en ligne et toutes les privations de vie sociale depuis six mois. Mais je pense que tu en as plein ton casque. Tu as droit à un bal de finissant et à une initiation à l’université. À un party de fin de session avec quelques échappées. Tu seras peut-être magané le lendemain, mais pas reclus deux semaines en isolement. T’es pas à risque: ni du vaccin, ni de la COVID… t’es juste pris au cœur de toutes ces mesures. Le cégep dure juste deux ans: amène-le ton vaccin!

En conclusion

La roulette russe, on y joue chaque jour, tant que le virus circulera parmi nous. La COVID présente beaucoup trop de complications et de possibles conséquences chroniques pour prendre la chance de l’attraper. Et c’est sans parler des conséquences sociales et sur notre santé mentale que l’on vit depuis mars. Qu’est-ce qui pourrait être pire que ça? Il y a peu de certitudes dans la vie, mais je n’ai aucun doute à recommander un vaccin étudié sur des dizaines de milliers de personnes sans effets indésirables graves, contre une maladie qui continue de ravager autant nos vies. On a le droit de consentir ou non au vaccin…

Par contre, le virus se fout de notre consentement. Il continuera de faire son chemin parmi nous, à tour de rôle, avec des séquelles et des cercueils qui s’ajouteront au fil quotidien de nos cellulaires. Si plusieurs refusent le vaccin, ce sera encore plus dur pour nos entrepreneurs et ça continuera de favoriser le commerce en ligne, les multinationales et la théorie de Darwin.



Ce virus, je n’en veux pas en moi. Entre l’ARN du virus ou celle du vaccin, je choisis le vaccin. Je n’en peux plus de parler de la COVID de toute façon. Si le vaccin peut l’éradiquer, je suis prêt à écrire un article dans le journal pour en vanter le mérite. Et le voici.

Si tu penses comme moi, vaccine-toi aussi. Qu’on en finisse de cette pandémie.

R.I.P. COVID. 2019-2021.