Trois ans de vache maigre. Depuis trois ans, impuissants, nous avons tous vu les subventions être réduites comme une peau de chagrin. Depuis trois ans, le gouvernement du Québec engrange les profits. Sur le dos de qui? Des plus nécessiteux. Sur le dos de la justice sociale. Toujours. Et voilà qu’on nous remet 1 milliard $ en retour d’impôts! Un milliard sauvagement acquis en sabrant à l’aveugle dans les rangs des services publics et des organismes communautaires. Combien nos services privés nous coûteront-ils, collectivement après le passage de cette Faucheuse?
Non. Les 278$, nous les remettrons. Chacun d’entre nous transformera ce cadeau immoral en bienfaits. Pour qui? Pour ces maisons de jeunes qui doivent fermer leurs portes faute de pouvoir embaucher un animateur. Pour ces centres d’alphabétisation placés sur le respirateur artificiel. Pour ces maisons d’hébergement devant lesquels plus de 6000 femmes violentées se butent le nez, annuellement, faute de places pour les accueillir. Pour les points de chute d’aide alimentaire qui, année après année, enregistrent une augmentation alarmante des demandes de soutien (34 % depuis 2008) et dont dépendent plus de 150 000 enfants. Pour nous tous, Québécoises et Québécois, qui verront l’offre de nos services sociaux diminuer vicieusement au profit d’une privatisation.
Non. Les 278$ offerts par le gouvernement du Québec, nous les remettrons. Argent sonnant. À celles et à ceux qui suent sang et eau pour boucher tant bien que mal les trous béants déchirés dans le filet social québécois. À celles et à ceux qui acceptent de vivre sous le seuil de la pauvreté pour soutenir celles et ceux qui sont obligés de vivre sous le seuil de la pauvreté. Les 278 $, nous les retournerons au milieu communautaire de notre région, première victime des politiques d’austérité. Ces 278 $, ils ne nous appartiennent pas. Pas plus qu’ils n’appartiennent au gouvernement qui se targue pourtant de pouvoir en faire cadeau.
L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques estime que, depuis 2014, les mesures d’austérité mises en place par le gouvernement actuel équivalent à des compressions de l’ordre de 4 milliards $. Après avoir coupé dans les programmes sociaux, on remplit les poches des contribuables dans l’espoir de gagner la sympathie individuelle, même au détriment de la justice sociale. Ça ne prend pas.
Oui, nos 278 $, nous les remettrons. Une somme dérisoire en regard des 475 millions $ – 13 millions $ seulement en Mauricie – réclamés par les 4000 organismes communautaires autonomes du Québec. Dérisoire, certes, mais nécessaire. Nous sommes 25 signataires: ce sera toujours près de 7000 $ que le gouvernement du Québec n’aura pas volés aux uns pour les remettre aux autres.
Ont signé, à titre de citoyennes et de citoyens:
Normand Baillargeon, philosophe
David Goudreault, écrivain et travailleur social
Félix-Antoine Désilets-Rousseau, professeur de littérature
Olivier Gamelin, professeur de littérature
Louis-Serge Gill, professeur de littérature et chercheur
Pierre-André Julien, professeur émérite
Dany Carpentier, conseiller municipal
Mariannick Mercure, conseillère municipale
Denis Roy, conseiller municipal
Michel Châteauneuf, écrivain
Daniel Landry, professeur de sociologie
David Boudreau, avocat
Steven Roy Cullen, directeur général de La Gazette de la Mauricie
André Poirier, citoyen
Monique Jacob, présidente de la Société d’étude et de conférences
Jean-Marc Lord, directeur général du Comité de Solidarité Trois-Rivières
Julie Verreault, citoyenne
Alain Gamelin, citoyen
Louise Bouchard, citoyenne
Daphné Sarrazin, enseignante au secondaire
Réal Boisvert, citoyen
Michel Volle, professeur retraité
François Landry, coordonnateur, TROC-Mauricie - Centre-du-Québec
Annabelle Caron, citoyenne
Geneviève Bergeron, professeure, chercheure au Laboratoire international sur l’inclusion sociale
Yanick Descheneaux, professeur en travail social
Alain Deneault, philosophe