Année exceptionnelle pour les bleuets

Un peu partout au Québec, la récolte des bleuets s'annonce très abondante.

Les producteurs de bleuets de la Mauricie et du Centre-du-Québec connaissent une année formidable. Les champs débordent de ce petit fruit bleu. Partout, tant au sud qu'au nord de la province, le fruit est abondant. Mais les cueilleurs ne sont pas toujours au rendez-vous.


Le Syndicat des producteurs de bleuets du Québec estime que la production du bleuet sauvage cette année au Lac-Saint-Jean ainsi qu'en Haute-Mauricie s'élèvera à environ 50 à 55 millions de livres. C'est près de cinq fois plus que l'an dernier.

Jane Grégoire, de la Ferme Bleubec de Bécancour, a rarement vu autant de bleuets dans ses champs que cet été. Les petits fruits de type corymbe sont abondants. «C'est incroyable tant nous en avons», lance la productrice qui cultive le bleuet depuis maintenant plus de 20 ans.

De son côté, Gérard Ouimet cultive le bleuet depuis 28 ans à Parisville où le petit fruit est cet été aussi fort abondant. «C'est une année exceptionnelle. Nous avons énormément de bleuets», avoue le propriétaire de la ferme Gérard Ouimet.

Même son de cloche en Haute-Mauricie. René Pagé exploite une bleuetière à La Bostonnais. Après une saison 2010 où la récolte a été désastreuse en raison de gels printaniers et de la sécheresse, le producteur de bleuets sauvages reconnaît que la saison est très bonne. «Nous avons une bonne récolte malgré que nous ayons une jeune bleuetière. Le fruit est plus gros que la moyenne et très beau», précise-t-il.

Toutefois, M. Pagé souligne que la récolte aurait pu être encore mieux. «Le gel et la sécheresse de l'an dernier ont endommagé les plants. Cela a un peu diminué la production», dit-il.

Problèmes de commercialisation

La saison de la culture de bleuets en Colombie-Britannique ainsi qu'au New Jersey est, comme au Québec, légèrement en retard cette année. L'arrivée massive de ces productions sur les marchés québécois nuit à la commercialisation des producteurs québécois.

«Il y a beaucoup de dumping des bleuets du New Jersey et de la Colombie-Britannique dans les supermarchés. Et comme les bleuets sont arrivés en retard, la concurrence dure plus longtemps cet été», avoue Jane Grégoire qui affirme que le prix du bleuet québécois n'est souvent pas beaucoup plus cher que celui d'importation.

«Les bleuets de piètre qualité vont demeurer sur les tablettes des supermarchés jusqu'en septembre», dénonce Gérard Ouimet. «Les consommateurs pensent maintenant que le bleuet goûte comme celui en supermarché. Les bleuets d'ici sont bien meilleurs au goût», ajoute Jane Grégoire.

Les producteurs de la région expliquent que la grande différence entre le bleuet du Québec et celui de l'extérieur est son moment de cueillette. «Pour que le fruit puisse voyager, il est cueilli plus tôt. Or, le bleuet développe son sucre sur le plant à la fin de sa croissance», explique Mme Grégoire.

Les producteurs de la région n'ont pas accès aux supermarchés. Ils écoulent leurs stocks dans les marchés publics ou bien directement à la ferme. «Nous ne pouvons pas d'une année à l'autre prévoir la production, ce que demandent les supermarchés. Nous sommes dépendants des aléas de la nature», souligne Jane Grégoire.

Où sont les cueilleurs?

Malgré l'abondance de fruits, les cueilleurs se font discrets cet été dans les champs de la ferme Bleubec où plus de 95 % de la production est destinée à l'autocueillette.

«Les temps changent. Les habitudes ne sont plus les mêmes. Plusieurs de nos bons cueilleurs n'ont plus la santé pour venir», prétend Jane Grégoire. «Pourtant, c'est une très belle activité familiale. Cela permet de vivre plus tranquillement et de se reconnecter avec la nature.»

De son côté, Gérard Ouimet blâme la météo. Selon lui, les nombreux jours de précipitation au mois d'août ont découragé bien des cueilleurs de visiter les champs de bleuets.

Le petit fruit bleu est également très abondant cet été dans les forêts de la région, notamment en Haute-Mauricie. Les bons cueilleurs peuvent espérer réaliser des profits pouvant atteindre les 400 $ en une seule journée.