«C'est une grande perte»

Jean Chrétien

En allant rencontrer Roméo LeBlanc à son chevet il y a une dizaine de jours et en constatant qu'il était malade au point de ne plus le reconnaître, Jean Chrétien a compris que le parcours d'un proche et fidèle complice arrivait à sa fin.


Si la surprise n'y était pas, le chagrin, lui, était toutefois bien présent hier soir. «C'est une grande perte», a confié l'ex-premier ministre, lors d'un entretien téléphonique.

 



Du coup, Jean Chrétien venait de perdre un conseiller de toujours, mais aussi un ami. En fait, Roméo LeBlanc aura été à ses côtés tout au long de sa vie politique.

Tout d'abord, en 1993, l'Acadien l'aidait à remporter les élections, lui permettant de devenir premier ministre du Canada sous la bannière libérale.

«Il était en charge de la brigade, du war room. Il connaissait bien la politique. C'était un homme du peuple», se souvient M. Chrétien, en songeant à la ruse dont était doté celui qu'il devait plus tard nommer à titre de gouverneur général.

«Il a été quelqu'un de très proche. Il pensait beaucoup comme moi: c'était un progressiste et on avait les mêmes idées», poursuit celui qui a été à la tête du gouvernement fédéral pendant dix ans.



Cette nomination comme plus haut dignitaire du pays arriva en 1995. Songer à Roméo LeBlanc fut un réflexe naturel pour Jean Chrétien. «Il n'y avait jamais eu de gouverneur général dans les Maritimes et il était francophone, souligne-t-il. Mais il était réticent à l'idée. Il ne courait pas après les honneurs...»

Roméo LeBlanc finit par accepter la proposition d'occuper ce poste prestigieux. Et ce sont ses qualités humaines qui auront marqué son passage à Rideau Hall, estime M. Chrétien. «C'était un grand bonhomme (...) Un homme simple et d'une modestie incroyable. On le voit par tous les témoignages, à quel point il était un homme apprécié.»

Surtout, se souviendra Jean Chrétien, Roméo LeBlanc aimait profondément son Nouveau-Brunswick natal, où il est retourné terminer ses jours. «Malgré tous les honneurs, il tenait à retourner chez lui», note l'ex-premier ministre, qui est arrivé à Shawinigan où il passera la période estivale.