Denis Boissonneault se fait cuisiner par le procureur de Wawanesa

Denis Boissonneault, un résident de Saint-Maurice qui poursuit la compagnie d'assurances Wawanesa parce qu'elle a refusé de l'indemniser à la suite d'un incendie survenu le 18 août 2006, a dû répondre de ses actes hier dans le cadre des procédures judiciaires où il réclame une dédommagement de 137 000 $. Cette réclamation avait été établie originellement à 332 476,17 $ mais des discussions entre les parties ont permis de réduire considérablement les demandes de M. Boissonneault et de sa conjointe au dossier, Manon Archambeault.


Déclaré invalide pendant six ans entre 2000 et 2006 à la suite d'un accident d'automobile, le mécanicien de 56 ans a précisé au tribunal qu'il avait loué son garage pour une somme mensuelle de 1800 $ à 2000 $. M. Boissonneault a toutefois mentionné qu'il n'avait pas déclaré ces revenus à l'aide sociale pendant trois ou quatre ans. Il avait aussi reçu des allocations de la Société de l'assurance automobile du Québec après son accident. Sa conjointe avait cessé ses activités de coiffeuse pour s'occuper de son compagnon.

 



Me Roger Villeneuve, le procureur mandaté par Wawanesa, a questionné M. Boissonneault sur le fait que quelques mois avant l'incendie, il avait fait exécuter des travaux de rénovation pour une valeur approximative de 20 000 $. «Où avez-vous pris l'argent», a demandé l'avocat. «J'ai vendu des équipements du garage et j'avais aussi l'argent de la location», a répondu M. Boissonneault en ne pouvant cependant fournir des documents attestant ces faits. Me Villeneuve a aussi fait dire au témoin que ces revenus n'apparaissaient pas aux états financiers du commerce.

Me Villeneuve a par ailleurs fait ressortir le fait que la maison du 470 Béliveau à Saint-Maurice avait été mise en vente quelques mois avant l'incendie pour la somme de 119 000 $. «Avez-vous reçu une offre de 140 000 $» a demandé le procureur. Le témoin a répondu que ça se pouvait. Il aurait reçu par la suite une offre à 119 000 $ mais la personne voulait que plusieurs articles soient inclus dans ce prix. Denis Boissonneault a dit avoir refusé. De toute manière, le quinquagénaire était convaincu que sa résidence valait bien plus que le prix demandé.

Le témoin a dû admettre par ailleurs que l'aide sociale lui avait réclamé une somme approximative de 10 000 $ pour des allocations versées en trop. Me Villeneuve a précisé au tribunal que la contestation de cette réclamation avait été rejetée. Denis Boissonneault a dû admettre d'autre part que des enquêtes de police avaient été menées relativement à de présumées voies de fait sur son père et à un vol présumé du coffre-fort d'une de ses soeurs. Aucune accusation criminelle n'a suivi.

Le procureur de Wawanesa a demandé au témoin quelle pouvait être l'origine d'une odeur persistante dans la maison. Alors que Manon Archambeault a parlé d'une odeur de bois ou de fils brûlés, M. Boissonneault a plutôt dit que c'était une odeur caractéristique de diesel, d'huile à chauffage. Il a conclu que l'odeur provenait de l'extérieur de la maison. Il a aussi mentionné avoir réalisé des travaux de soudure sur des tuyaux pour l'eau dans la pièce où l'incendie a débuté au sous-sol tout en protégeant la structure de bois et les fils se trouvant à proximité.



En matinée, le chef des pompiers de Saint-Maurice, Sylvain Montreuil, est venu expliquer qu'une première intervention en début après-midi l'avait conduit à conclure à une défectuosité mécanique électrique indéterminée. À la suite d'une deuxième intervention plus tard ce jour-là, il a alors émis l'hypothèse d'une main criminelle. La présence de tisons sur une poutrelle n'avait pas été décelée la première fois et la prise de températures lors de la première intervention excluait tout feu couvant.

Le juge Robert Dufresne de la Cour supérieure qui entend cette affaire verra défiler plusieurs autres témoins cette semaine dont l'expert en sinistre, notamment en recherche et causes d'incendie, Richard Gaillardetz, qui avait agi dans le dossier de l'Auberge Grand-Mère il y a quelques années. Me Yves Boucher, le procureur de M. Boissonneault et de Mme Archambeault, s'est dit confiant de démontrer que ses clients n'ont vraiment rien à se reprocher. «Le procès est encore jeune», a-t-il dit. La famille de M. Boissonneault n'a jamais pu réintégrer son domicile, étant même obligée de vivre de longs mois dans une roulotte de camping.