Sauvée par la haute technologie

Le directeur du CIPP, Patrice Mangin, croit qu'en faisant des modifications minimes, on pourrait utiliser les machines à papier en Mauricie pour faire de nouveaux produits de papiers .

Malgré la tourmente dans l'industrie de la forêt et du papier et en dépit de la crise économique qui secoue le monde, il n'y a pas plus optimiste et déterminé que Patrice Mangin, le directeur du Centre intégré en pâtes et papiers de l'Université du Québec à Trois-Rivières.


Les pronostics ont beau être déprimants pour le papier journal et même pour les papiers supercalandrés, Patrice Mangin, lui, refuse de tomber dans le défaitisme et préfère parler d'avenir, de papiers d'emballage 30 % plus minces et plus résistants que les papiers classiques grâce à un apport en nanocellulose cristalline, de papiers bioactifs qui détectent et détruisent les agents pathogènes et filtrent le plomb dans l'eau, de papiers intelligents sur lesquels on peut imprimer des diodes électroluminescentes organiques ou des cellules photovoltaïques pour produire de l'électricité.

 



Il voit aussi la biomasse des résidus forestiers comme un moyen de produire du biodiesel pour répondre aux besoins énergétiques du monde.

Actuellement, rappelle-t-il, les machines à papier du Québec sont devenues trop petites pour être rentables dans le marché classique. «Il faudrait qu'on ait des machines beaucoup plus larges, comme dans le sud des États-Unis. Si vous avez une machine qui est deux fois plus large et qui tourne 50 % plus vite, votre machine produit trois fois plus de papier avec le même nombre d'employés», explique-t-il.

Mais ce n'est pas le seul problème de l'industrie papetière québécoise. Patrice Mangin prévoit aussi une baisse importante du papier journal au niveau mondial d'ici 3 à 5 ans attribuable notamment à l'usage de plus en plus répandu d'Internet. «Même si on a le meilleur papier journal au monde, on ne sera pas compétitif», prévient-il.

L'espoir de la forêt québécoise repose donc sur les épaules de la haute technologie. «Le potentiel est là pour complètement transformer le modèle d'affaires de l'industrie», explique le professeur Mangin avec enthousiasme. Selon lui, il suffirait d'un investissement minime pour convertir les machines à papier qui se trouvent actuellement en Mauricie et arriver à produire les papiers du futur.



De son côté, FPInnovations annonçait qu'ArboraNano, le réseau des nanoproduits de la forêt canadienne dont fait partie le CIPP, recevra 8,9 millions $ sur quatre ans pour la recherche.

Après les deux, voire les trois prochaines années de tous les dangers, l'horizon s'annonce donc très ensoleillé pour l'industrie forestière et le papier, à condition toutefois que le virage soit pris immédiatement et que l'aide financière soit au rendez-vous, analyse Patrice Mangin.