Les parents de Michaël Lapointe lors de leur rencontre avec l'avocate Mélanie Ricard.
Les parents de Michaël Lapointe lors de leur rencontre avec l'avocate Mélanie Ricard.

Vers le 100e: La quête de vérité

C’était en janvier 2016. Pas besoin de faire des recherches pour m’en rappeler. Je me souviens exactement de l’endroit où j’étais quand j’ai entendu ce message sur ma boîte vocale qui allait marquer ma courte carrière de 4 ans à ce moment-là. J’entends encore la voix tremblante d’un père en deuil, d’une famille qui criait à l’injustice, de parents qui nageaient dans une mer de questions sans réponse.

Le lendemain, je rencontrais un père et une mère qui venaient de perdre leur fils dans un tragique accident quelques mois auparavant.

La voiture de leur fils avait sombré dans une rivière après une sortie de route. L’accident est survenu sur un chantier abandonné par un entrepreneur aux abords d’un pont, en plein cœur de la forêt de la Haute-Mauricie.

J’étais d’ailleurs allée sur les lieux quelques heures après l’accident après avoir reçu un appel alarmant d’un citoyen qui dénonçait l’état de ce chantier laissé à l’abandon.

La rencontre avec ce couple était chargée en émotions et extrêmement touchante. Il venait d’apprendre que la Sûreté du Québec avait fermé le dossier, sans même les avertir.

Dans leurs yeux et leur voix, il y avait l’énergie du désespoir, un appel à l’aide. Pour la première fois, ils allaient s’exprimer sur l’accident et les circonstances qu’ils dénonçaient haut et fort.

Ils m’ont raconté leur vie, leur drame, leur douleur et surtout leur incompréhension. Dans leur fragilité, ils m’ont accordé leur confiance.

J’ai à mon tour raconté leur histoire dans les pages du Nouvelliste. J’ai demandé des réponses. J’ai rencontré des témoins. J’ai également vu toute la solidarité d’une communauté tissée serrée comme La Tuque.

Le lendemain de la publication de mon reportage, j’ai reçu un autre appel. Dans l’élan de sympathie de la population, le cri du cœur de ces Latuquois avait été entendu. Une avocate me contactait afin de pouvoir aider ces gens-là tout à fait gratuitement.

Je les ai mis en contact et ils ont bien pris soin de me tenir aux faits des développements dans le dossier. La rencontre entre les deux a redonné confiance aux parents d’avoir des réponses alors qu’ils croyaient tous leurs espoirs de justice épuisés.

Après quelques jours seulement, en raison des démarches juridiques et de nouvelles preuves, la Sûreté du Québec a décidé de reprendre l’enquête sur les circonstances entourant l’accident qui a coûté la vie au jeune homme.

«Ça m’a donné une raison de me lever le matin», m’avait lancé la mère lorsque je l’ai contactée. Eh bien, ce jour-là, j’ai eu le sentiment le plus profond du devoir accompli et je m’en souviendrai longtemps.

En août de la même année, le DPCP apprendra aux parents qu’aucune accusation criminelle n’allait être déposée contre l’entrepreneur. Ce n’était probablement pas la fin qu’ils espéraient, mais, sous une pluie de remerciements, ils m’ont affirmé avoir eu l’impression enfin d’être allés au fond des choses et d’avoir eu des réponses à leurs questions. Ils ont pu entamer leur deuil dans la paix.