Vers le 100e: La parole d’un père

«Martin, il y a un monsieur qui veut absolument te parler.»

La voix de Gilberte Gendron, sympathique adjointe au rédacteur en chef du Nouvelliste pendant des lustres, résonne dans mon oreille comme si c’était hier. Et pourtant, cet appel logé à mon domicile remonte au 12 février 1999. J’étais en congé, ce jour-là. Mais je ne pouvais ignorer l’appel logé par Jean-Pierre Courtois.

J’avais rencontré M. Courtois deux mois plus tôt. Ce citoyen de Trois-Rivières-Ouest s’était présenté au Nouvelliste en décembre 1998 et voulait discuter avec un journaliste pour parler de sa fille, Julie. La jeune femme de 25 ans attendait impatiemment une greffe de coeur, le sien étant bousillé par la maladie.

Julie souffrait de cardiomyopathie hypertrophique. En parlant de la condition précaire de sa fille, M. Courtois insistait sur l’importance du don d’organes. Il voulait sensibiliser la population à la nécessité de signer le verso de la carte d’assurance maladie pour donner l’autorisation au personnel médical de prélever les organes à la suite d’un décès.

Je ne connaissais pas M. Courtois. Il a tout de même raconté l’histoire de sa fille avec sensibilité, ouverture et rationalité.

Rencontrer un journaliste pour lui partager une page bouleversante de sa vie privée demande du courage. J’étais impressionné par le dévouement de M. Courtois. À vrai dire, il prenait tous les moyens pour jouer son rôle de père, soit d’aider sa fille, en plaidant pour le don d’organes.

C’est pour ça qu’il m’a rappelé, le 12 février 1999. Il s’était engagé à faire le suivi de l’histoire de Julie auprès du Nouvelliste. Il a tenu parole même si c’était pour m’annoncer la nouvelle que tout parent redoute, le décès de son enfant.

En fait, Le Nouvelliste aurait pu publier une bonne nouvelle dans son édition du 13 février 1999. Julie Courtois avait subi avec succès une greffe de coeur au petit matin du 11 février. Le nouveau coeur n’avait pas eu besoin d’être massé pour se remettre en marche, tellement il était vigoureux. Mais c’est justement sa grande vigueur qui a emporté Julie Courtois. Le nouveau coeur a fait remonter des caillots de sang vers les poumons, car la condition de la jeune femme s’était grandement détériorée au cours des jours précédents.

Julie Courtois est décédée durant la soirée du 11 février 1999. Étant elle-même en attente pour un coeur, elle avait signé sa carte de don d’organes. Ses yeux et ses os ont été prélevés.

Toutes ces informations avaient été livrées par Jean-Pierre Courtois avec une générosité exemplaire malgré l’immense tristesse qui l’accablait. Il a raconté l’histoire de sa fille, car il voulait une fois de plus rappeler aux lecteurs l’importance de signer sa carte de don d’organes.

Même s’il venait de prendre une décision déchirante à peine quelques heures plus tôt, soit de permettre le débranchement de sa fille pour la laisser reposer en paix, Jean-Pierre Courtois a tenu parole. Il a contacté Le Nouvelliste afin de parler au journaliste qui l’avait reçu quelques mois plus tôt sans trop savoir à qui il avait affaire.