Julie Boulet, en pleine conférence de presse avec des collègues candidats libéraux, en octobre 2000. Elle est entourée de Roland Paradis (Bas-Richelieu - Nicolet - Bécancour), Martin Cauchon (ministre du Revenu national et secrétaire d’État responsable de Développement économique Canada) et Denis Normandin (Trois-Rivières).

Vers le 100e: La naissance d’une politicienne

Par où commencer? Marc Saint-Germain qui s’envoie dans le décor, provoquant ainsi la mort de quatre collègues en perfectionnement sur l’alcootest à l’Institut de police de Nicolet? L’incendie du Gosier? L’automne invraisemblable des Cataractes en 2000? L’annonce de la fermeture de la Belgo?

En trente ans de carrière, pas besoin de réfléchir trop longtemps pour voir apparaître une longue suite d’événements marquants pour un journaliste. Celui que j’ai finalement décidé de vous partager touche la naissance politique de celle qui allait sans doute devenir la femme la plus influente de l’histoire de région.

Plusieurs personnes ont oublié que Julie Boulet avait utilisé la scène fédérale comme tremplin avant d’être élue à l’Assemblée nationale. La soirée électorale du 27 novembre 2000 est demeurée l’une des plus fortes poussées d’adrénaline de ma vie professionnelle.

À cette période, la Mauricie était considérée comme une forteresse bloquiste. Seul le premier ministre Jean Chrétien parvenait à résister dans son château-fort de Saint-Maurice, quoique Yves Duhaime lui en avait donné pour son argent en 1997.

J’étais assigné aux sports à ce moment, mais connaissant sans doute ma passion pour la politique, la direction avait décidé de me confier la couverture de la circonscription de Champlain dans le cadre de cette campagne électorale.

Rien de bien excitant à première vue, puisque le bloquiste Réjean Lefebvre avait remporté le comté par près de 7800 voix trois ans auparavant. L’ex-maire de Saint-Adelphe avait eu de petits ennuis pendant son mandat, de sorte que c’est Marcel Gagnon qui avait été choisi pour prendre la relève.

À ce moment, nous n’avions pas accès à des sondages ou à des sites de projections de sièges à tous les jours. Mais sur le terrain, la comète blonde libérale déplaçait de l’air.

Sentant visiblement la soupe chaude, Marcel Gagnon avait déclaré, à deux jours du vote, que s’il ne gagnait que par 1500 voix avec un taux de participation de 90 %, il se poserait des questions.

La soirée électorale est totalement rocambolesque. Vers 22 h 30 le 27 novembre 2000, Radio-Canada annonce l’élection de Marcel Gagnon dans Champlain.

Or, alors que les journalistes mangeaient leurs sandwiches après avoir pondu leurs textes sur la fine ligne de l’heure de tombée, nous apprenions que Julie Boulet était finalement couronnée à 00 h 45, avec une majorité de 57 voix.

Je vous laisse imaginer le branle-bas dans la salle de rédaction. J’ai dû rappeler la nouvelle gagnante et le nouveau perdant qui, deux heures auparavant, avaient commenté respectivement leur défaite et leur victoire. C’était complètement irréel!

Mais ce n’était pas tout. Le 28 novembre, vers 22 h, le directeur du scrutin avise que le candidat bloquiste est bel et bien gagnant... par sept petites voix. Finalement, un dépouillement judiciaire confirme le dernier verdict, le 7 décembre: Marcel Gagnon devient député de Champlain, avec une majorité de 15 votes seulement.

Questionnée sur ses plans d’avenir, Julie Boulet, un peu épuisée par ces montagnes russes d’émotions, se dira alors plutôt tiède à l’idée de tenter à nouveau l’expérience. Moins d’un an plus tard, elle répondra à l’appel des libéraux de Jean Charest lors d’une élection provinciale partielle dans Laviolette, le 1er octobre 2001, à la suite du départ de Jean-Pierre Jolivet. Le reste appartient à l’histoire, comme on dit.