Lorsque Cédrika Provencher a été retrouvée, en décembre 2015, François Gervais a pris cette touchante photo aux abords du site de recherches.

Vers le 100e: La compassion au-delà de l’assignation

Être photographe de presse implique bien souvent devoir se forger une carapace, un écran entre nous et le sujet que l’on couvre. Une capacité essentielle pour pouvoir effectuer le travail. Mais à l’été 2007, lorsqu’il a été appelé à couvrir, pendant des jours, les recherches entourant la disparition de Cédrika Provencher, le photographe François Gervais n’a jamais été capable de trouver ce détachement.

«Chaque jour, c’était difficile parce qu’on pensait à ses parents, à ses proches. On a toujours eu énormément de compassion pour eux. On avait un travail à faire mais en même temps, on appartient à la communauté. Ça se passe dans notre ville et c’est impossible de demeurer insensible», constate François Gervais.

Lorsque Karine Fortier, la maman de Cédrika, s’est adressée pour la première fois aux médias, lançant un véritable cri du coeur, François Gervais assistait au point de presse et avoue avoir été profondément troublé. Et chaque fois que le sujet revenait dans l’actualité, le photographe admet qu’il gardait espoir qu’elle soit retrouvée vivante. «J’ai toujours eu espoir, j’ai toujours espéré pour la famille qu’on la retrouve vivante. J’aurais voulu pouvoir photographier les retrouvailles, immortaliser une fin heureuse», soupire-t-il, avant de se rappeler l’assignation qu’il redoutait, quelque part en décembre 2015 dans un boisé aux limites de Saint-Maurice.

Dans sa vie de photographe, mais surtout dans sa vie de papa, François Gervais est clair: il y a un «avant« et un «après» Cédrika Provencher. «Quand c’est arrivé, ma fille Émy venait d’avoir un an et allait entrer à la garderie. Ça change complètement le regard qu’on porte sur ce genre de drame. Depuis l’enlèvement de Cédrika, et je pense que c’est le cas pour bien des parents, il y a toujours une crainte. Il y a toujours une consigne de sécurité de plus qu’on a envie de donner à nos enfants», évoque le photographe, qui confie avoir encore aujourd’hui toujours une belle pensée pour les proches de la fillette.