Vers le 100e: Dans le feu de l’action

Heure de tombée: 23 h 30. Soir après soir, depuis 100 ans, l’équipe du pupitre du Nouvelliste s’affaire à préparer le montage de votre journal afin qu’il vous soit livré chaque matin. Et on y est toujours parvenu. Or, il y a des soirées qui ont été plus mouvementées que d’autres, où on a senti la pression monter un peu plus qu’à l’habitude.

Parfois c’est l’actualité qui nous joue des tours. Un accident qui survient passé 22 h, par exemple, ou une soirée chargée au conseil municipal feront monter l’adrénaline en nous.

Au cours de mes 18 années de service, d’abord comme pupitreure puis maintenant comme chef de pupitre, on a toujours réussi à sortir le journal à temps. Mais on a parfois eu bien chaud. Et une des soirées les plus stressantes qui me vient en tête est survenue ce mois-ci.

Lundi 14 octobre 2019. La soirée avait débuté comme à l’habitude et ne laissait rien présager d’inhabituel. Mais vers 19 h 50, tous les ordinateurs émettent tout à coup un bruit et plusieurs s’éteignent. Dont le mien. Il faut donc appeler la personne responsable de l’informatique. Pas de panique, il est encore très tôt.

Entre-temps, on fait le tour des locaux du Nouvelliste. On constate qu’il fait de plus en plus chaud et on perçoit une légère odeur de brûlé.

La personne qui s’occupe de la maintenance de l’immeuble débarque, alertée par un signal de problème électrique. Rien ne semble anormal. La chaleur et la senteur sont probablement dues à l’arrêt du système de ventilation.

Vers 21 h, tout semble presque redevenu normal. On reprend notre boulot. Il nous reste deux heures trente avant le «deadline».

22 h 24: l’alarme incendie se déclenche. Nous sommes occupés à rattraper le retard du premier événement, mais on n’a pas le choix, on doit sortir.

À l’extérieur, deux employés d’Hydro-Québec nous attendent. Ils nous informent qu’un moteur surchauffe dans la salle des gicleurs et qu’un début d’incendie a été constaté. Rien de majeur, par chance. Toutefois, on nous informe que l’électricité de tout l’immeuble sera coupée dans... 20 minutes!!!

La panique monte en moi. Vingt minutes, comment allons-nous y arriver? Il reste encore plusieurs pages à finir et la une n’est pas non plus terminée. Mais on n’a pas vraiment le temps de douter, il faut agir. On regagne alors nos bureaux à la course, déterminés à finaliser le journal.

On a fait vite. Oui. Mais mardi matin, nos lecteurs avaient leur Nouvelliste sans se douter de la fin de soirée que l’équipe du pupitre avait connue la veille. C’est là toute la beauté de notre travail.