Louise Lacoursière

Vers le 100e: Comme dans un roman

On sait que Le Nouvelliste est une source quotidienne d’information pour énormément de Mauriciens mais il est aussi source précieuse pour les chercheurs et artistes qui y trouvent inspiration comme informations. L’écrivaine trifluvienne Louise Lacoursière l’incarne éloquemment.

«J’ai évidemment un attachement pour Le Nouvelliste qui fait partie de ma vie, analyse-t-elle, mais il y a un lien très fort qui s’est créé à un moment précis. J’ai carrément trouvé dans la une du lundi 2 octobre 1922 ma conclusion pour mon livre Anne Stillman. Le procès. C’est un épisode spectaculaire que j’ai découvert dans le journal qui m’a fait écrire tout un chapitre que je trouve absolument enlevant.» Avec son talent de narratrice, elle résume cet article. «C’est un journaliste du Nouvelliste qui se rend à Grande-Anse pour annoncer à Mme Stillman qu’elle a gagné son procès. Il embarque sur un bateau de Jean Crête pour remonter la rivière et en route, croise un autre bateau qui s’avère être celui de Mme Stillman qui descend la rivière pour se rendre à Grandes-Piles. Ils se font de grands signes et font arrêter chacun leur bateau.»

«À ce moment-là, le journaliste que je soupçonne d’être Émile Jean parce que la plupart des articles ne sont pas signés. Dans les journaux de l’époque que j’ai consultés, seuls les articles de la section des arts sont signés. J’imagine que c’est Émile Jean parce qu’il était rédacteur en chef et que c’était une nouvelle très importante comme l’étaient toutes les nouvelles concernant le procès d’Anne Stillman.»

«Il apprend que Mme Stillman s’en va à Grandes-Piles trouver un médecin parce que son fils Guy souffre de fièvre typhoïde et qu’elle craint pour sa vie. Comme le bateau de Jean Crête est plus rapide que le sien, elle transfère de bateau et c’est sur celui-ci qu’elle termine son voyage en compagnie du journaliste qui peut ainsi lui annoncer qu’elle a gagné son procès. Tous ces détails qui font un si bon chapitre, c’est dans le journal que je les ai découverts. La victoire en cour de Mme Stillman est relatée dans plusieurs journaux dont le New York Times, mais dans aucun, sauf Le Nouvelliste, on ne décrit la manière dont l’annonce s’est faite. C’est avec ça que j’ai trouvé la conclusion de mon roman.»

«Le Nouvelliste a carrément été un outil dans ma carrière, particulièrement dans tout ce qui concerne Anne Stillman qui faisait régulièrement les manchettes dans le journal. Ç’a été tout aussi vrai pour la biographie de Roland Leclerc que j’ai écrite plus tard.» L’écrivaine ne peut pas non plus dissocier Le Nouvelliste de deux grands moments de sa vie. Elle a reçu son tout premier prix littéraire, le Prix du public du Salon du livre de Trois-Rivières en 2000, des mains du président et éditeur de l’époque, Jean Sisto. En 2014, un autre président éditeur du Nouvelliste, Alain Turcotte, lui a remis le prestigieux Grand Prix de la culture de Trois-Rivières, un autre moment très émouvant de sa carrière et de sa vie.