L’enlèvement et le meurtre de Cédrika Provencher ont marqué la région.
L’enlèvement et le meurtre de Cédrika Provencher ont marqué la région.

Vers le 100e: Cédrika, l’histoire encore inachevée

Le 31 juillet 2007, je travaillais comme journaliste de soir. Comme à mon habitude, j’ai téléphoné aux policiers avant de terminer pour savoir si quelque chose de particulier s’était produit sur le territoire cette journée-là. «Rien à signaler Paule, bonne soirée!» Je suis donc rentrée chez moi. Quelques minutes plus tard, la disparition d’une fillette de 9 ans leur était signalée...

Difficile de résumer en quelques centaines de mots la disparition de Cédrika Provencher et son impact dans la vie de tous les citoyens de la région, y compris dans la vie des journalistes qui ont eu à couvrir cette triste histoire. Le matin du 1er août 2007, mes confrères et moi nous sommes tous retrouvés confinés à un petit bout de terrain privé, situé à l’intersection du boulevard des Chenaux et de la rue Chapais. C’est là qu’on y attendait les nouvelles les plus fraîches des policiers, espérant un dénouement rapide et qu’on ramène au plus vite la petite à ses parents.

Puis, on a retrouvé son vélo... Puis on a commencé à nous parler du petit chien qu’elle cherchait... Puis d’autres fillettes ont commencé à nous dire qu’elles avaient été abordées par un homme elles aussi...

Puis, on a dû se rendre à l’évidence. Cédrika n’était certainement pas chez une amie sans avoir prévenu ses parents. Elle ne s’était pas non plus égarée dans ce quartier qu’elle connaissait par coeur.

Je me souviens la première fois où j’ai demandé à son grand-père, Henri, s’il croyait que sa petite-fille avait été enlevée. «Il va falloir se rendre à l’évidence», m’avait-il lancé, les yeux pleins d’eau.

Cette nuit-là, je n’avais pas réussi à dormir. Je ne pouvais pas concevoir qu’un tel drame se jouait tout près de chez moi. Je pensais à ses parents, à sa sœur, à elle aussi. J’avais froid, froid pour elle.

Les jours ont passé. On a célébré son dixième anniversaire sans elle. Ensuite, les nombreuses opérations de recherches menées partout au Québec par des bénévoles. Les centaines de rumeurs, d’informations non vérifiées, les voyantes... Mais aussi tous ces citoyens honnêtes qui, dans une volonté réelle d’aider, signalaient la moindre information, donnant à chaque fois un mince espoir de la retrouver, un espoir toujours déçu.

Le premier anniversaire de sa disparition, puis le deuxième, puis le cinquième...

Et c’est un soir de décembre 2015, alors que les journalistes du Nouvelliste étaient en plein party de bureau, que nos téléphones se sont mis à sonner. Personne n’avait plus le cœur à la fête. Nous avons tous passé la soirée le nez rivé à nos appareils pour tenter d’obtenir l’information qui allait nous être confirmée quelques heures plus tard.

Les restes de Cédrika avaient été retrouvés par trois chasseurs, à quelques kilomètres de l’endroit où elle avait été vue pour la dernière fois, dans un boisé situé aux limites de Trois-Rivières et Saint-Maurice.

Cet hiver-là, il avait neigé très tard, passé Noël. Comme si la nature avait décidé de nous laisser une chance de la retrouver, enfin!

Et le jour où le responsable de ce crime sera derrière les barreaux, je pousserai un soupir de soulagement pour ses parents, sa sœur, ses proches... et je pourrai enfin mettre le point final à ce reportage inachevé.