Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
Gabriel Delisle
Ravivé par le vent, le feu a repris beaucoup de vigueur lorsque j’étais à Wemotaci, au cœur d’un immense incendie de forêt.
Ravivé par le vent, le feu a repris beaucoup de vigueur lorsque j’étais à Wemotaci, au cœur d’un immense incendie de forêt.

Vers le 100e: Au cœur du brasier

Tout au cours de l’histoire du Nouvelliste, ses journalistes ont été témoins des catastrophes naturelles qui ont touché la région. Au printemps 2010, la Mauricie a connu les plus importants feux de forêt de son histoire récente. Durant des semaines, les quelque 1500 personnes de la communauté atikamekw de Wemotaci ont été évacuées à La Tuque. En poste en Haute-Mauricie depuis seulement neuf mois, ces événements ont été marquants pour le jeune journaliste que j’étais.

Le 27 mai 2010, alors que je suivais l’évolution des feux de forêt sur le vaste territoire forestier de la Haute-Mauricie, j’ai reçu un appel de mon patron au milieu de l’après-midi. Les feux de forêt allumés par la foudre quelques jours auparavant près de la communauté autochtone de Wemotaci avaient pris de l’ampleur... beaucoup d’ampleur. Le monstre était né et dévorait tout sur son passage.

Le brasier était d’une telle férocité que tout le village avait dû être évacué d’urgence. Alors que le feu s’approchait rapidement des habitations, tout avait été abandonné et laissé à la merci de l’incendie. Une épaisse fumée noire recouvrait entièrement le village lorsque les derniers habitants ont fui l’endroit. Lorsqu’ils s’éloignaient de leur communauté, tout semblait partir en fumée. Les premiers témoignages recueillis à ce moment laissaient présager le pire. Le village de Wemotaci semblait avoir entièrement brûlé.

C’est avec ce lourd sentiment d’inquiétude que toute la communauté est arrivée à La Tuque ce soir du 27 mai 2010. Tous se demandaient ce qui était arrivé au village, à leur maison et au territoire ancestral de cette nation autochtone. Heureusement, les premières nouvelles en provenance de Wemotaci étaient encourageantes, beaucoup plus que la veille. L’incendie avait brûlé la quasi-totalité des arbres autour de la communauté, mais les bâtiments, à l’exception d’une remise, étaient intacts.

Les nombreux pompiers de la SOPFEU et les courageux pompiers volontaires de Wemotaci n’étaient toutefois pas au bout de leur peine. Les incendies avaient laissé derrière eux un paysage de désolation et de mort. De la fumée s’échappait du sol et chaque arbre était calciné.

C’est dans ce contexte que le photographe Sylvain Mayer et moi-même sommes allés à Wemotaci, tout juste avant que la forêt de la Haute-Mauricie soit interdite à toute circulation par le gouvernement. Photographe d’expérience et un brin téméraire, Sylvain Mayer ne recule devant rien pour capter la bonne image.

Ensemble, nous avons parcouru le territoire de la communauté pour constater les dégâts et recueillir les témoignages des quelques pompiers sur place. Tous les yeux du Québec étaient alors tournés sur les incendies de la Haute-Mauricie qui allaient finalement durer quelques semaines.

Alors que nous prenions des images de l’incendie non loin du village, le vent s’est levé et les flammes ont repris de la vigueur. Les épinettes noires autour de nous s’enflammaient les unes après les autres. Jamais je n’avais vu une telle force de la nature en pleine action. La seule chose que j’espérais, c’était que la Volkswagen Jetta de Sylvain Mayer ne tombe pas en panne. Car les risques que cela arrive étaient bien réels... Une voiture de photographe de presse a normalement beaucoup de kilomètres au compteur et cette Jetta en avait déjà plusieurs centaines de milliers.

Durant plusieurs semaines, les feux de forêt de 2010 ont monopolisé l’attention des médias nationaux. Et les Atikamekws de Wemotaci ont dû être hébergés à La Tuque, d’abord à l’école secondaire puis à l’aréna. Comme journaliste, j’ai alors été témoin d’une mobilisation et d’une solidarité incroyables, de même que de la résilience et du courage d’un peuple. En rapportant ces événements, on découvre la force et la solidarité des humains qui traversent une catastrophe naturelle.