Nicole Poisson-Trudel, tout comme son père, Louis-Philippe Poisson a été très impliqué au sein de la troupe au cours des années.
Nicole Poisson-Trudel, tout comme son père, Louis-Philippe Poisson a été très impliqué au sein de la troupe au cours des années.

Un siècle de passion et de théâtre à Trois-Rivières

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
Aux quatre coins du Québec, en passant par le Centre-du-Québec et la Mauricie, peu d’organisations peuvent se vanter d’avoir su passer le cap des 100 ans d’existence. Et encore moins de troupes de théâtre peuvent en dire autant. C’est toutefois le cas du Théâtre des Nouveaux Compagnons qui célèbre tout comme Le Nouvelliste son 100e anniversaire cette année, dans un contexte pour le moins particulier.

C’est en 1920, avec l’aide des Frères franciscains de Trois-Rivières, alors que l’industrialisation bat son plein à Trois-Rivières depuis quelques années déjà que la troupe de théâtre voit officiellement le jour, au plus grand bonheur de plusieurs artistes en herbe qui souhaitaient vivre une vie quelque peu différente.

«À l’époque, ce n’était pas tout le monde qui avait envie de travailler dans les usines. Et parmi ces gens-là, il y avait des gens de lettres et des artistes en herbe qui avaient envie que la vie soit autre chose que du matériel. Tous ces gens-là se sont donc retrouvés dans différents organismes et les Frères franciscains ont mis ça sur pied en même temps que la fanfare, notamment. Évidemment que les gens plus sérieux trouvaient ça superficiel, car ils pensaient que les gens allaient seulement s’amuser, mais avec le temps, notamment avec le cinéma qui s’est installé, tout ça a créé une effervescence. Les gens de lettres ont donc fini par se retrouver et se soutenir pour aller plus loin avec la troupe», raconte Nicole Poisson-Trudel, femme très impliquée dans la vie culturelle trifluvienne, mais également dans la troupe au cours des années.

Pièce «Carnaval d’été» de Jacques Acrément (1939).

Une évolution en plusieurs temps

En passant par le Cercle Dramatique, Les Compagnons de Notre-Dame enr., Les Compagnons de Notre-Dame inc., Les Nouveaux Compagnons de Notre-Dame inc., puis par les Nouveaux Compagnons inc., le nom de la troupe a certes changé au fil des ans, mais la passion pour le théâtre n’y est pas moins intacte pour autant.

En plus des changements de nom au fil des ans, la troupe a évidemment vieilli et acquis de nouvelles expériences, si bien qu’elle a aussi su évoluer avec les années, tout comme la société l’a fait au même moment. D’ailleurs, on s’en doute, lors de la création de la troupe en 1920 et pendant plusieurs années, il était impensable de voir une femme jouer au sein du groupe et encore moins en voir écrire une pièce et la mettre en scène, chose qui a toutefois changé avec les années.

«Les femmes ne pouvaient pas écrire de pièces ni même les jouer à l’époque. C’est pourquoi une Ursuline a décidé d’écrire quelque chose, mais sous le nom de Claude Dupont. La troupe a donc évolué en même temps que l’évolution sociale le faisait de son côté. Mais la troupe a aussi su évoluer grâce aux gens qui s’ajoutaient d’année en année», précise celle qui vient à peine de publier un ouvrage pour faire suite à celui de son père Louis-Philippe Poisson, qui rassemble les 50 dernières années de la troupe des Nouveaux Compagnons.

Pièce «Ma p’tite ville» de Thornton Wilder (1984).

Mais alors que plusieurs autres troupes de théâtre ont vu le jour pendant la dernière décennie et qu’une grande partie de celles-ci n’a pas survécu au passage du temps, comment se fait-il qu’une troupe aussi vieille que celle des Nouveaux Compagnons soit toujours sur pied en 2020? Pour Mme Poisson-Trudel, une série de facteurs peuvent l’expliquer, bien qu’il reste difficile de cerner exactement la raison de ce succès.

«C’est facile de commencer quelque chose, mais c’est plus difficile de continuer avec les années. Évidemment, nous aussi on a eu des hauts et des bas en cours de route, mais c’est avant tout la passion qui nous a tenus tout ce temps», soutient-elle.

D’ailleurs, au cours de la dernière décennie, des centaines de pièces, soit plus de 300 ont été écrites, ont été mises en scène, puis ont finalement été jouées à Trois-Rivières par la troupe.

Pièce «Tit-coq» de Gratien Gélinas (2011).

Difficile alors de sélectionner les plus marquantes, on en convient. Nicole Poisson-Trudel note toutefois au passage la pièce «Ma p’tite ville» mise en scène en 1951, «Un moyen grand jour» d’Arlette Fortin en 1990, la pièce «Le p’tit bonheur», pièce jouée à quelques reprises, puis la «Prison du cœur».

Quel futur pour la troupe?

Évidemment, l’année 2020 n’aura pas été celle espérée pour les Nouveaux Compagnons qui avaient prévu présenter une saison anniversaire haute en couleur. Pandémie oblige, les activités sont toutefois sur pause pour une durée indéterminée.

Mais quel est le futur pour la troupe? Croit-on à un avenir prospère pour les années à venir et même pour la prochaine décennie? Nicole Poisson-Trudel y va de ses prédictions.

Le Théâtre des Nouveaux Compagnons célèbre cette année son 100e anniversaire d’existence.

«Le théâtre est encore un mode d’expression et les gens ont besoin de ce loisir-là, puisqu’il y a oui l’art, mais aussi la fraternité au sein de la troupe. Donc non, elle n’est pas près de disparaître. Et d’un autre côté, si ce n’est pas avec la troupe des Compagnons, il va toujours se faire du théâtre quand même. D’année en année, on a donc semé quelque chose chez les comédiens et on espère qu’ils vont continuer à transmettre la passion», conclut-elle.