Témoin d’un siècle de vie régionale

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
En couvrant des élections, en rapportant des nouvelles sur les guerres et les catastrophes naturelles, en accordant une visibilité aux entreprises naissantes, en racontant le développement social et en vulgarisant l’évolution technologique et la recherche médicale, Le Nouvelliste a été un précieux témoin de tout ce qui s’est passé dans la région depuis 100 ans. Et dès son arrivée à Trois-Rivières, le 30 octobre 1920, ce n’est pas l’action qui manque.

Le secteur des pâtes et papiers est alors en pleine effervescence. La Canadian International Paper (située sur les terrains de Trois-Rivières sur Saint-Laurent) inaugure en décembre 1920 son usine via un investissement de six millions de dollars. Au rayon de l’industrie du textile, l’usine Wabasso continue de prendre de l’expansion, elle qui a lancé son exploitation en 1908. Mais ce qui retient particulièrement l’attention en 1920 est la commission d’enquête du juge Joseph-Alfred Désy portant sur des malversations observées à l’hôtel de ville de Trois-Rivières. Dans la toute première édition du Nouvelliste, le sujet se retrouve en première page. Le Nouvelliste attire les regards, ce qui a dû ravir le fondateur du journal, Joseph-Hermann Fortier.

Cet homme d’affaires de Québec est président des magasins P.T. Légaré, spécialisés dans la vente de meubles et d’instruments aratoires. La chaîne a un magasin à l’angle de Royale et des Forges, en plein cœur de Trois-Rivières. M. Fortier veut un journal qui servira de véhicule commercial pour ses entreprises. Il croit à ce moment que Le Nouvelliste a le pouvoir de devenir le grand stimulant de l’expansion économique et sociale de la région. Son objectif est d’offrir un journal quotidien capable de fournir de l’information aux gens de la région tout en étant libre de toute appartenance politique.

D’abord installé dans de modestes locaux sur la rue du Platon, Le Nouvelliste prend lentement, mais sûrement sa place dans le marché régional. Quatre ans après sa fondation, le quotidien emménage dans une bâtisse de la Cité des Trois-Rivières, soit l’édifice Lampron.

Un premier changement de propriétaire survient en 1935. Jacob Nicol ajoute Le Nouvelliste à son groupe de presse incluant La Tribune de Sherbrooke ainsi que Le Soleil et l’Événement de Québec.

La transaction survient alors que les relents du crash économique de 1929 se font encore sentir. D’ailleurs, Le Nouvelliste vit une situation financière difficile, mais passe à travers cette période pour célébrer ses 20 ans en 1940.

En 1951, le pont Duplessis s’écroule, Félix Leclerc remporte à Paris le grand prix du disque de l’année pour sa chanson Moi, mes souliers et Honoré Dansereau devient le troisième propriétaire du Nouvelliste. Cet entrepreneur en construction de Ville Mont-Royal flaire le fort potentiel du quotidien régional, ce qui explique la transaction.

C’est sous son régime que Le Nouvelliste emménage dans une bâtisse toute neuve. Le quotidien s’installe sur la rue Saint-Georges en 1954.

À la suite de la mort d’Honoré Dansereau, la relève de la direction du journal est prise en 1959 par son fils, Pierre. Il restera à ce poste jusqu’en 1968.

Cette année est marquée par différents événements : l’assassinat de Martin Luther King et de Robert Kennedy, l’émeute du 24 juin à Montréal, la première représentation de la pièce de théâtre Les belles-soeurs, la création du Parti québécois et l’annonce de l’arrivée à Montréal d’une équipe de la Ligue nationale de baseball. C’est aussi en 1968 que Valeurs Trans-Canada, propriété de la famille Desmarais, achète Le Nouvelliste.

Les dirigeants ont l’idée d’installer le quotidien dans de nouveaux locaux, ce qui sera fait sur la rue Bellefeuille en 1989. Le Nouvelliste est demeuré à cet endroit à l’arrivée en 2015 de Martin Cauchon à titre de propriétaire et y est toujours depuis la naissance de la Coopérative de solidarité Le Nouvelliste qui possède le quotidien depuis le début de 2020.

Sources: Bilan du siècle de l’Université de Sherbrooke, la thèse universitaire «Les idéologies de développement régional, le cas de la Mauricie 1850-1950» de René Verrette, Radio-Canada, Le Nouvelliste.