Les techniciens multimédias du <em>Nouvelliste</em>: François Gervais, Stéphane Lessard, Sylvain Mayer et Olivier Croteau.
Les techniciens multimédias du <em>Nouvelliste</em>: François Gervais, Stéphane Lessard, Sylvain Mayer et Olivier Croteau.

Photographe: un métier qui ne cesse d’évoluer

Mathieu Lamothe
Mathieu Lamothe
Le Nouvelliste
Cumulant plus de 90 années d’expérience, les photographes Sylvain Mayer, François Gervais, Stéphane Lessard et Olivier Croteau ont été aux premières loges pour observer les différentes transformations qu’a connues leur profession depuis qu’ils immortalisent des moments pour le compte du Nouvelliste.

Comme le monde dans lequel on vit, le métier que les quatre hommes pratiquent a changé à un point tel que leur titre n’est plus photographe, mais bien technicien multimédia. Elle est donc lointaine l’époque où le doyen du quatuor, Sylvain Mayer, alors uniquement attitré au secteur de Shawinigan, développait ses films et imprimait lui-même ses photos en chambre noire avant de les envoyer au quartier général trifluvien du quotidien. Et la situation était passablement plus compliquée lorsque l’événement à couvrir se déroulait en soirée.

«Pour un match des Cataractes, on prenait les photos en première période, on les développait, les imprimait et les faisait sécher en deuxième et on descendait les porter à Trois-Rivières en troisième, beau temps mauvais temps. Moi, pour sauver du temps, je les mettais sur le tableau de bord de ma voiture, partais le chauffage au fond et je descendais tout de suite à Trois-Rivières une fois qu’elles étaient imprimées. Elles séchaient en chemin», raconte celui qui a joint les rangs du Nouvelliste en 1985.

En plus de la transformation de son principal outil de travail lors du virage numérique, Sylvain Mayer considère que l’arrivée du téléphone cellulaire a également entraîné une importante révolution.

«Avant qu’on ait des cellulaires, on appelait constamment dans des cabines téléphoniques. On disait qu’on connaissait tous les endroits entre La Tuque et Bécancour où il y en avait une! Et avant l’arrivée sur le marché des téléphones intelligents ayant des connexions puissantes, on avait repéré des endroits où le réseau n’était pas sécurisé afin de s’en servir pour envoyer nos photos», confie-t-il.

Arrivée de la vidéo

Longtemps limités à saisir des images fixes d’un événement, les quatre preneurs d’image sont maintenant appelés régulièrement à tourner de la vidéo, d’où la nouvelle appellation de leur poste. Pour Stéphane Lessard, qui est arrivé dans la grande famille du Nouvelliste en 1999, l’ajout de cette tâche lui permet en quelque sorte de réaliser un rêve, celui de devenir caméraman. Avouant qu’il est devenu photographe «un peu par accident», il accueille donc à bras ouverts ce double emploi.

«Ce sont deux métiers complètement différents. En vidéo, il faut raconter une histoire. En photo, il faut capter et résumer un événement en une image. C’était difficile au début, mais on a développé des trucs afin de bien faire les deux choses», explique-t-il.

Le «petit nouveau» de l’équipe, Olivier Croteau, est quant à lui arrivé en poste en 2003. N’ayant pas connu de changement technologique d’importance depuis le début de son parcours professionnel, c’est plutôt l’incessante quête de rapidité qui l’a marqué depuis ses débuts.

«Depuis que j’ai commencé, il faut toujours fournir les photos rapidement. Mais avec le site Internet, les ‘‘breaking news’’ et notre volonté d’informer rapidement nos lecteurs, nous devons toujours être plus rapides», constate-t-il.

Plus de contraintes

Jadis, il n’était pas rare qu’un photographe ou un journaliste soit admis sur une scène de crime ou puisse s’approcher à quelques mètres d’un violent incendie. Maintenant, ils doivent plutôt faire leur travail en restant religieusement à l’extérieur du périmètre de sécurité érigé par les forces de l’ordre. François Gervais, qui est photographe au Nouvelliste depuis 2000, est bien placé pour en parler.

«Avant, quand on arrivait sur un feu, on passait sous le cordon de sécurité sans problème. Les pompiers nous disaient même où nous placer pour prendre la meilleure photo! Maintenant, il faut être patient, et ça, c’est quand ils veulent bien nous laisser nous approcher», mentionne-t-il, avant d’ajouter que des limitations ont également été mises en place dans différents lieux publics, notamment les palais de justice.

Néanmoins, François Gervais tient à préciser qu’il ne changerait pas de métier pour tout l’or du monde.

«Ce qui n’a pas changé, c’est l’excitation le matin. Ne pas savoir où nous allons être en milieu d’après-midi, c’est toujours le fun», laisse-t-il tomber.

Une autre époque

Photographe au Nouvelliste de 1960 à 1995, Roméo Flageol se souvient de sa première journée de travail pour le quotidien maintenant centenaire.

Armé de son appareil de type grafmatic, qui était passablement lourd selon ses souvenirs, il avait été mandaté pour aller prendre une photo d’un triste événement qui venait de se produire dans une ruelle située dans le secteur qui est maintenant connu comme étant les Premiers quartiers de Shawinigan. Un jeune garçon venait en effet de se faire happer par une voiture.


Roméo Flageol, à droite, en compagnie de son fils Daniel, qui a également été photographe au <em>Nouvelliste</em>. Cette photo avait été prise pour un reportage publié dans le cadre de la fête des pères au milieu des années 1990.

«J’ai pris la photo, mais les policiers ont décidé de saisir mon appareil. Ça commençait bien! Mais grâce à des pressions faites par mes confrères, j’ai pu récupérer mon appareil le lendemain. Ça avait fait tout un battage médiatique. C’était le début de l’aventure», raconte l’octogénaire.

Même s’il n’a pas connu la révolution numérique avant de prendre sa retraite, il a tout de même été en mesure d’apprivoiser plusieurs types d’appareils au fil des années. Il indique que chaque changement technologique a entraîné une certaine transformation du travail, notamment en ce qui a trait à la rapidité du traitement des films.

«Au début, il fallait développer les films dans un petit plat contenant un procédé d’acide, un par un. Il ne fallait pas que ça colle! On les passait à l’eau après et il fallait les laisser sécher», se rappelle-t-il.

L’appareil avec lequel Roméo Flageol a fait ses débuts.