Soeur Yvette Isabelle est photographiée dans la chapelle du monastère des Ursulines de Trois-Rivières.
Soeur Yvette Isabelle est photographiée dans la chapelle du monastère des Ursulines de Trois-Rivières.

Les Ursulines: une capacité d’adaptation

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
«Notre fondatrice, sainte Angèle, parlait, déjà en 1535, d’adaptation au temps et aux circonstances. Le mot ouverture a traduit la capacité d’adaptation à la société en évolution.»

Selon Yvette Isabelle, Ursuline de Trois-Rivières, cette congrégation religieuse a su composer avec tous les changements survenus au fil des 100 dernières années après s’être établie dans la capitale régionale en 1697 et y avoir fondé le Collège Marie-de-l’Incarnation. Dans les années 1960, le Concile Vatican II a entraîné notamment l’abandon de la clôture monastique (les Ursulines étaient des sœurs cloîtrées) et la publication du rapport Parent a sonné le glas du cours classique offert à leur école réservée à l’époque aux filles. L’accueil de laïcs au sein du personnel dans les années 1950 et 1960, la nomination en 1993 d’un premier laïc, Pierre Papillon, à la direction du Collège Marie-de-l’Incarnation, et l’arrivée des élèves masculins en 2010 font en sorte que le visage de l’école primaire et secondaire a changé, mais les valeurs transmises par les Ursulines demeurent au cœur de l’institution.

Le rapport Parent mettait fin au cours classique dans les années 1960 après que les Ursulines eurent décidé de l’enseigner à partir de 1935. Cet enseignement pavait la voie à la formation universitaire. Mais au milieu des années 1930, l’opinion publique était peu favorable à cette formation offerte par les Ursulines, des gens proposant même «d’aménager» la formation pour les filles, car le cheminement scolaire menant à l’Université n’était pas nécessairement considéré pour les femmes en devenir.

«Les Ursulines ont porté le projet et savaient ce qu’elles voulaient pour les femmes. Elles ont maintenu le cours classique», souligne Soeur Isabelle.

Celle qui a été enseignante, administratrice et Supérieure provinciale des Ursulines durant 12 ans mentionne qu’à la suite du dépôt du rapport Parent, les Ursulines ont diversifié leur mission. Ce rapport indique que la formation des enseignants sera dorénavant l’affaire des universités. Les Ursulines récupèrent la défunte École normale du Christ-Roi pour y fonder le collège Laflèche en 1969. Les religieuses ont fait preuve de ténacité une fois de plus, car des voix s’élevaient contre ce projet, rappelle Soeur Isabelle.

<em>Le Nouvelliste</em> a été le témoin de nombreux événements ayant marqué la vie des Ursulines. En 1947, soit 250 ans après l’arrivée de cette congrégation religieuse à Trois-Rivières, le quotidien publie en première page de son édition du 13 octobre une photo de quelque 150 Ursulines prenant part à une procession vers la cathédrale afin d’assister à une messe d’Action de grâce. La procession était un réel événement, considérant qu’à cette époque, les Ursulines étaient des religieuses cloîtrées.

Les années 1970 ont vu naître plusieurs projets des Ursulines. La Maison Albatros (maison offrant des soins de fin de vie), la Maison de l’amitié (devenue l’Arche Mauricie qui soutient les personnes vivant avec une déficience intellectuelle), le Tremplin (soutien aux femmes de Shawinigan en difficulté) sont des initiatives des Ursulines qui s’occupaient de la conservation du patrimoine, notamment par l’incorporation en 1989 du Musée des Ursulines.

Tous ces projets d’aide à la communauté n’ont jamais mis de côté la vocation première des Ursulines, soit celle de l’éducation. Comme de nombreuses congrégations religieuses à la tête de maisons d’enseignement, les Ursulines ont amorcé leur réflexion pour passer le flambeau à une équipe laïque. La nouvelle corporation a été mise en place en 1996 pour le CMI. Même chose pour le collège Laflèche.

«Je trouve important que l’œuvre ne se termine pas avec nous, déclare Soeur Isabelle. Laisser nos écoles à des laïcs, ça fait partie d’une société en mouvement. C’était nécessaire pour assurer la pérennité.»

Le dernier grand changement est survenu en 2019, alors que les Ursulines ont quitté leur monastère pour emménager dans une résidence située à quelques jets de pierre. Alors qu’elles étaient 150 religieuses il y a 100 ans, elles sont aujourd’hui environ 40, toujours installées à Trois-Rivières et toujours en mesure d’admirer le dôme de la chapelle de leur monastère qui fait le bonheur des visiteurs du quartier historique depuis des décennies.

Malgré la baisse d’effectif, Soeur Yvette Isabelle demeure persuadée que l’œuvre des Ursulines saura traverser le temps.

«Ce que nous avons été et ce que nous avons semé seront toujours présence et inspiration.»