Le soir de l’élection fédérale du 4 septembre 1984, la salle de rédaction du Nouvelliste fourmille, mais les femmes y sont toujours minoritaires. Sur la photo, on aperçoit Doris V. Hamel et Michelle Roy entourant Pierre H. Vincent, le futur député de Trois-Rivières qui avait eu le temps de visiter l’équipe du Nouvelliste en pleine soirée électorale tellement son avance durant le dépouillement du scrutin était importante.
Le soir de l’élection fédérale du 4 septembre 1984, la salle de rédaction du Nouvelliste fourmille, mais les femmes y sont toujours minoritaires. Sur la photo, on aperçoit Doris V. Hamel et Michelle Roy entourant Pierre H. Vincent, le futur député de Trois-Rivières qui avait eu le temps de visiter l’équipe du Nouvelliste en pleine soirée électorale tellement son avance durant le dépouillement du scrutin était importante.

Les femmes en journalisme: «Écrire, ça n’a pas de sexe»

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
En 1972, la signature de la nouvelle convention collective au Nouvelliste allait marquer une page d’histoire: celle de l’atteinte de l’équité salariale entre les hommes et les femmes de la salle de rédaction.

«En une seule signature, j’ai doublé de salaire. À l’époque, c’était comme ça. Tu étais une femme, donc tu avais un salaire moins élevé que les hommes», se souvient Michelle Roy. Aujourd’hui retraitée du monde de l’information, la dame de 84 ans se souvient à quel point les collègues masculins avaient fait preuve de solidarité dans cette négociation. «On faisait le même travail qu’eux, il était normal que nous soyons payées le même salaire. Écrire, ça n’a pas de sexe», lance-t-elle en riant.

C’est la mère de Michelle, Claire Roy, qui aura guidé ses premiers pas dans le monde du journalisme. La dame qui avait 52 ans lorsque sa fille a fait son entrée au journal, en 1956, signait déjà les chroniques féminines «La plume et le plumeau» ainsi que «Le courrier de Mamie», des chroniques que les dames de l’époque aimaient bien survoler à travers les «pages féminines» qu’offrait Le Nouvelliste.

C’est cette même Claire Roy qui, un samedi de 1955, avait dû laisser le rôti qu’elle venait de sortir du four pour aller couvrir le gigantesque glissement de terrain qui venait d’emporter une partie de Nicolet. «Ils avaient appelé ma mère en catastrophe alors qu’on s’apprêtait à se mettre à table. Elle est partie très vite», se souvient Michelle Roy.

La journaliste retraitée reste marquée par sa couverture de la venue du pape en 1984 à la Basilique Notre-Dame-du-Cap, sous «une pluie de grâce». «Ils avaient installé un espace pour les journalistes à l’extérieur, mais tous mes collègues masculins étaient rentrés à l’intérieur parce qu’il pleuvait trop. Pas moi! Je voulais être aux premières loges quand le pape allait arriver. J’étais seule dans cet espace, mais j’étais là! Quand je suis revenue à la salle de rédaction, j’étais trempée mouillée», se souvient-elle.

Michelle Roy a signé ses premiers textes au <em>Nouvelliste</em> en 1956.

Jamais au cours de sa carrière Michelle Roy n’a senti qu’elle était désavantagée d’être une femme lorsqu’elle exerçait son métier. Peut-être certains intervenants ont-ils pu laisser tomber quelques remarques condescendantes, mais elle s’en moquait bien. «Je ne me suis jamais sentie brimée par mes confrères. Je crois que c’était ça le plus important», confie celle qui a donné son nom au prix Michelle-Roy, de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie, qui récompense chaque année l’excellence du français dans les médias.

En 1981, c’était le tour de Louise Plante de faire son arrivée au journal. Catapultée à La Tuque pour commencer sa carrière, le petit bout de femme de 27 ans — «j’en paraissais 17» — a certainement marqué la plupart des intervenants qu’elle rencontrait, de par son énergie et sa fougue. «J’avais de la drive! Quand on parle de femmes en journalisme, à une certaine époque, c’est peut-être ça qui pouvait déranger. C’est un métier de personnalités fortes», mentionne Mme Plante.

Si la plupart des hommes qu’elle croisait sur sa route avaient du respect pour son professionnalisme — le plus beau compliment qu’on puisse lui faire, confie-t-elle — Louise Plante a évidemment eu ses petits moments décevants qui relevaient de la misogynie. Cette fois où un confrère lui a assuré qu’il la recommanderait au patron si elle acceptait d’être «fine», ou encore cet élu qui s’était permis de parler de ses menstruations en plein milieu d’une séance de conseil municipal. C’est bien mal connaître Louise Plante que de penser qu’elle laisserait passer de telles idioties sans répliquer...

Louise Plante demeure l’une des figures marquantes des journalistes femmes de la région.

Louise Plante croyait se destiner au droit lors de ses études, un domaine qu’elle a vite délaissé. «J’ai compris que la vraie bataille, elle était dans le journalisme», dit-elle, convaincue. Sa carrière l’aura menée à signer des reportages qui ont été marquants dans l’histoire de la région, dont celui des bébés nés difformes à proximité de la centrale nucléaire de Gentilly-2, une histoire qui a fait le tour du monde.

Elle a aussi eu la chance de pouvoir se rendre en Afghanistan pour faire rayonner la présence des militaires de la région partis combattre le régime en place. «Je crois que ce sont mes reportages qui ont eu le plus de retentissement dans la population. On m’en parle encore aujourd’hui. Après mon retour, j’ai donné une douzaine de conférences sur ce voyage», se souvient-elle, gardant aussi d’excellents souvenirs de toute la fébrilité des grandes campagnes électorales.

Celle qui dit avoir «trippé sur le métier» a aussi constaté la transformation des médias dans les dernières années, elle qui a pris sa retraite en 2015. Le changement de format du journal, l’arrivée des médias sociaux qui ont complètement bouleversé le métier. Pour elle qui était réputée pour ses séries et ses grands dossiers — elle a remporté le prix Claude-Masson en 1989 — cette nouvelle réalité n’avait rien à voir avec les années fastes qu’elle avait pu connaître.

«J’ai eu la chance d’avoir du fun dans ce métier. Encore aujourd’hui, j’écoute les nouvelles tout le temps, je ne peux pas m’en empêcher. Mais c’est avec un autre regard, un regard plus critique peut-être», mentionne Louise Plante.