Sébastien Marchand représente la sixième génération exploitant une activité agricole sur la ferme familiale.
Sébastien Marchand représente la sixième génération exploitant une activité agricole sur la ferme familiale.

L’entrée de l’agriculture dans la modernité

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
Si le résultat du travail d’un agriculteur change peu au fil des ans, la façon de réaliser sa tâche s’est grandement transformée.

Sébastien Marchand est le propriétaire de La Champlinoise depuis 2004. Il représente la sixième génération à diriger la ferme familiale exploitée au même endroit, dans la partie est de Champlain, depuis au moins 1807. La ferme a abandonné la production laitière en 1994 pour prendre le virage de la culture maraîchère en 1995. Elle produit entre autres du maïs sucré, des fraises, des framboises, des concombres et des haricots. Elle écoule 40 000 douzaines d’épis de maïs annuellement. Sa culture de 5000 plants de bleuets fait la joie des autocueilleurs depuis 27 ans.

Cet agronome de formation est bien au fait de l’évolution vécue dans l’exploitation d’une entreprise agricole depuis 100 ans.

«À l’origine, c’était une ferme laitière qui était plus une ferme d’autosuffisance pour la famille, avec quatre ou cinq vaches, des poules et des cochons. Avec l’électricité, on a vu une certaine automatisation. Il y a eu les trayeuses automatiques. On a troqué le cheval et le bœuf pour des tracteurs à roues de fer. Quand ça cassait, ça cognait dur!»

Le développement de techniques de culture et l’arrivée d’équipements à la fine pointe de la technologie ont amené une nouvelle façon de produire. La mécanisation a permis aux fermes d’intensifier la production et de prendre de l’expansion.

Comme le rappelle le producteur maraîcher de 43 ans, les années 1970 ont été propices aux projets d’expansion, le prix des terres et le coût de la main-d’oeuvre étant raisonnables. Ce portrait a changé aujourd’hui. Et comme de nombreuses autres fermes, l’entreprise de M. Marchand doit avoir recours à de la main-d’oeuvre étrangère pour récolter sa production. Cette main-d’oeuvre représente la moitié des quelque 12 travailleurs de la ferme.

«Avant, tu avais de la main-d’oeuvre familiale, un rythme de vie plus lent et ça marchait pareil. Maintenant, il faut en faire plus, car la marge de profit est moindre avec les augmentations de salaires, de taxes municipales et scolaires, du pétrole. Le prix reçu ne suit pas les augmentations. Il faut être débrouillard.»

La Champlinoise vend sa production à son éventaire situé à l’entrée de sa ferme et à d’autres exploitants d’éventaires extérieurs. Ses produits sont distribués à des restaurants, à des résidences pour personnes âgées et à des épiceries.

Ce dernier aspect du commerce s’est aussi transformé, les chaînes de supermarchés faisant principalement affaire avec de grands producteurs. L’offre des produits sur les tablettes des supermarchés a pris du coffre depuis les dernières décennies. Hiver comme été, les clients peuvent acheter des fraises, ce qui a modifié leur rapport avec les produits et le moment de leur récolte.

«Avant, il y avait une saison pour les fraises, le maïs. Les gens faisaient des réserves, transformaient les produits. Aujourd’hui, on a plus de clients, mais on a moins d’achats.»

Si une chose ne change pas sur une ferme, c’est que ce secteur d’activités demande beaucoup de travail. Pour celui qui a grandi sur une terre, la passion pour la culture maraîchère est intacte.

«C’est le fun de partir de quasiment rien, une graine, et produire des fruits et des légumes. C’est la beauté de la nature.»