Le jeune Gérald Godin, alors qu’il débutait comme journaliste au <em>Nouvelliste</em>.
Le jeune Gérald Godin, alors qu’il débutait comme journaliste au <em>Nouvelliste</em>.

Le Nouvelliste, un formidable tremplin

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Au fil de son histoire, Le Nouvelliste a non seulement été un joueur important de l’information régionale, mais également un formidable tremplin pour de nombreuses personnalités qui y ont fait leurs premiers pas dans le monde du travail et des médias. Et plus souvent qu’à son tour, Le Nouvelliste aura été un acteur important dans de grands moments et de grandes rencontres de l’histoire.

Gérald godin

L’écrivain, poète et homme politique Gérald Godin a commencé sa carrière au Nouvelliste en 1958 comme correcteur des épreuves le soir, avant d’être recruté à la rédaction comme journaliste. Il a à peine 20 ans à l’époque. Mais son passage au Nouvelliste aura été marquant tant dans sa vie professionnelle que personnelle, se souvient son frère Guy Godin.

Car si ce n’avait été du Nouvelliste, un soir de 1961, impossible de savoir si les chemins de Gérald Godin et de Pauline Julien se seraient croisés. «Il s’était rendu couvrir un de ses spectacles un soir, alors qu’elle se produisait au Fleur-de-Lysée, dans l’ancien hôtel Saint-Maurice. Il était allé la rencontrer après pour une entrevue. C’était leur première rencontre», raconte Guy Godin.

Gérald Godin et Pauline Julien deviendront par la suite inséparables, de leurs premiers pas comme couple en 1962 jusqu’à la mort du poète et politicien, en 1994.


« Il s’était rendu couvrir un de ses spectacles un soir, alors qu’elle se produisait au Fleur-de-Lysée, dans l’ancien hôtel Saint-Maurice. Il était allé la rencontrer après pour une entrevue. C’était leur première rencontre »
Guy Godin, frère de Gérald Godin

Celui qui allait devenir plus tard député de Mercier et ministre au Parti québécois avait aussi, ironiquement, été le journaliste du Nouvelliste qui s’était rendu couvrir les funérailles de Maurice Duplessis, sous une étouffante chaleur qui s’abattait sur Trois-Rivières ce jour-là. «Bien des années plus tard, il avait écrit que c’était les portes de l’enfer qui s’étaient ouvertes pour Duplessis», se souvient Guy Godin en riant.

Même après son entrée en politique en 1976 comme député du comté de Mercier, Gérald Godin est toujours demeuré attaché au Nouvelliste, lui qui le consultait dès qu’il en avait l’occasion pour se tenir au courant des nouvelles de son coin de pays.

Guy Fournier

L’auteur, cinéaste et chroniqueur Guy Fournier s’était vu offrir le poste d’assistant du chef des nouvelles au Soleil en 1951, mais avait préféré accepter le même poste au Nouvelliste, à la grande surprise de ses patrons. «Trois-Rivières était plus proche de Montréal», lance-t-il en éclatant de rire.

Arrivé au Nouvelliste dans la jeune vingtaine, Guy Fournier devint rapidement chef des nouvelles en 1953, alors que le journal est la propriété d'Honoré Dansereau. Une fois par mois, le jeune chef des nouvelles devait s’entretenir avec le député du comté, le premier ministre Maurice Duplessis.


« J’ai voulu changer le climat de la salle et j’avais recruté quatre ou cinq personnes de l’extérieur de la région. Duplessis n’avait pas aimé ça, ça l’inquiétait. »
Guy Fournier

«Quand je suis arrivé au Nouvelliste, la salle n’était composée que de gens de Trois-Rivières. J’ai voulu changer le climat de la salle et j’avais recruté quatre ou cinq personnes de l’extérieur de la région. Duplessis n’avait pas aimé ça, ça l’inquiétait. Il m’avait dit: pourquoi? Ça va bien avec les gens de Trois-Rivières», se souvient Guy Fournier, qui ne peut s’empêcher de penser que l’homme politique voulait user de son influence sur la salle des nouvelles.

Guy Fournier se rappelle avec quelle obstination le propriétaire Honoré Dansereau voulait que Le Nouvelliste porte le projet de construction du pont Laviolette. «À chaque occasion qu’on avait, il fallait en parler. C’est une leçon que je n’ai jamais oubliée: même une idée de fou, à force de la répéter, elle finit par devenir possible», s’exclame-t-il.

C’est aussi lui qui avait été le seul de la partie patronale à s’opposer au lock-out des typographes, parce qu’il craignait l’effet qu’aurait ce confit de travail sur le tirage du journal. En décembre 1957, il acceptera de remettre sa démission, quelques semaines après sa confrontation à Québec avec le premier ministre.

«J’ai été triste de partir, et surtout pas très content de la façon dont je suis parti, mais j’ai adoré mes années au Nouvelliste, j’ai énormément appris», raconte celui qui celui qui dit encore aujourd’hui croire profondément en l’importance de l’information locale et régionale, portée par des médias comme Le Nouvelliste.

Daniel Lamarre

Aujourd’hui président et directeur général du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre a fait ses premiers pas dans le monde du journalisme au Nouvelliste en 1970. Le jeune Daniel avait été recruté au bureau régional de Grand-Mère après un court passage au Courrier Laviolette, l’hebdomadaire de l’époque. «J’avais commencé à sortir des scoops à la Ville de Grand-Mère, et Le Nouvelliste était venu me recruter», se souvient celui qui venait tout juste de terminer son secondaire. Le jeune homme se souvient même s’être fait pousser une moustache pour avoir l’air plus vieux aux côtés de ses collègues de la salle de rédaction.

«Ça a été une école incroyable. J’ai appris plus dans mes trois années au Nouvelliste que durant trois ans à l’université», se souvient celui qui parle de cette expérience comme d’un déclencheur. Pour lui, la portée du Nouvelliste dans son milieu est inégalée.


« Ça a été une école incroyable. J’ai appris plus dans mes trois années au Nouvelliste que durant trois ans à l’université. »
Daniel Lamarre

«C’est un phénomène unique qu’on ne voit nulle part ailleurs. Quand une nouvelle passe dans Le Nouvelliste, tout le monde la voit. Il y a un taux de pénétration inégalé au Canada, et je suis convaincu que Le Nouvelliste y est pour beaucoup dans le succès du Cirque du Soleil à l’Amphithéâtre Cogeco», ajoute Daniel Lamarre.