Éric Bédard célébrant sa première médaille olympique aux Jeux de Nagano, en 1998.
Éric Bédard célébrant sa première médaille olympique aux Jeux de Nagano, en 1998.

Le média de proximité, ce fidèle partenaire

Louis-Simon Gauthier
Louis-Simon Gauthier
Le Nouvelliste
Ils font la fierté de leur coin de pays. On leur déroule parfois le tapis rouge: des rues, un parc ou un aréna sont nommés en leur honneur, les portes des temples de la renommée s’ouvrent à eux. La belle et longue aventure des athlètes de l’élite, peu importe la discipline, trouve sa source dans les comptes-rendus d’un média local ou régional, l’un des premiers à témoigner des réussites, des ambitions.

Depuis un siècle, des dizaines de journalistes ont couvert les activités sportives de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Ils et elles ont réalisé des dizaines de milliers d’entrevues, du jeune hockeyeur surdoué au sein de sa paroisse au médaillé olympique.

«Grâce au Nouvelliste, j’ai 35 ans de bibliographie! Mes tantes ont ramassé tous les articles de journaux. Six gros cartables de six pouces d’épais», rigole l’ex-patineur de vitesse courte piste originaire de Sainte-Thècle Éric Bédard, qui est justement devenu le premier Olympien originaire de chez nous à monter sur le podium des Jeux, à Nagano en 1998.

«Chaque page de ces albums raconte une anecdote, une course, une situation. Et tout ça a commencé avec mes premiers Jeux du Québec, en 1987.»

Commencer par la fin

On doit à un ancien président de la Cour suprême des États-Unis, Earl Warren, l’une des citations les plus connues du journalisme sportif: «Je regarde toujours la section des Sports en premier en ouvrant mon journal, car elle traite des accomplissements des gens. La page frontispice ne montre que les échecs des hommes.»

Commencer par la fin, c’est le réflexe d’une partie des lecteurs. C’est là qu’apparaissent les noms des Bédard, Jobin, Nault, Vincent Lapointe et autres Talbot. Des trophées, des médailles, des succès, mais aussi des échecs et des remises en question.

Le suivi des scribes a sans doute permis aux abonnés de découvrir de nouveaux sports. Et qui de mieux que Marcel Jobin, notre fou en pyjama national, pour le confirmer!

Le fou en pyjama, Marcel Jobin, est devenu l’un des athlètes dont le nom a été le plus souvent publié dans la section sportive du <em>Nouvelliste</em>. À presque 80 ans, il est encore actif dans les compétitions internationales.

«Je me suis mis à la marche olympique en 1958. Les passants que je croisais dans la rue ne comprenaient pas ce que je faisais! Mon surnom du fou en pyjama, ça vient de là. Les médias, et en grande partie Le Nouvelliste, m’ont aidé à populariser la marche. Parce qu’on s’entend que ce n’est pas aussi spectaculaire que l’épreuve du 100 mètres! Ce n’est pas aussi vendeur.»

Dans son temple de la renommée aménagé au deuxième étage de sa demeure à Saint-Boniface, Jobin conserve précieusement photographies et coupures de presse. Il nous montre les textes parus avant et durant les Jeux de Montréal, en 1976. Il faisait partie d’une délégation de quatre athlètes de la Mauricie avec Dave Hill (athlétisme), Luc Tousignant (handball) et Robert Pelletier (cyclisme).

«Certainement parmi mes plus beaux souvenirs, surtout l’entrée au Stade olympique! André Côté couvrait mes Jeux pour Le Nouvelliste. Une vingtaine d’années plus tôt, Claude Mongrain avait été un des premiers à me suivre, moi et Michel Doré entre autres. Au début, le journal a été présent pour rapporter mes performances et par la suite, il m’a permis de partager ma passion pour l’activité physique, de rappeler l’importance de bouger, peu importe notre âge. C’est une association importante.»

Le respect mutuel

Athlètes et journalistes établissent souvent de solides relations professionnelles grâce à la confiance acquise au fil des années, dans les bons et les moins bons moments.

«Il y a un respect mutuel qui, pour moi, aura été assurément gagnant-gagnant. Quand tu connais l’interlocuteur devant toi, qu’il te suit depuis tes débuts, la dynamique n’est pas la même qu’avec un intervenant que tu croises de temps en temps dans les grandes compétitions», concède Éric Bédard.

Marie-Ève Nault retient que <em>Le Nouvelliste </em>a été présent dans ses bons, comme dans ses moins bons moments. Sur cette photo, un souvenir à classer dans la première catégorie, à son retour triomphal des Jeux de Londres, en 2012, avec une médaille de bronze en soccer féminin.

La joueuse de soccer Marie-Ève Nault va plus loin. En 2011, après une Coupe du monde difficile avec le Canada et une importante blessure à la cheville, elle remettait sa carrière sportive en question.

«Une entrevue avec Le Nouvelliste m’avait aidée à remettre les choses en perspective. Quelques mois plus tard, je réalisais mon rêve de participer aux Jeux olympiques.» Elle allait devenir la première athlète de la région médaillée aux Jeux d’été.

Et s’il y en a une qui risque d’emprunter la même voie, c’est Laurence Vincent Lapointe. Identifiée depuis plusieurs années comme la meilleure canoéiste au monde, elle se prépare à vivre ses premières Olympiades, on l’espère, en 2021.

À la fin de l’été 2010, Laurence Vincent Lapointe revenait de Pologne avec ses premières médailles d’or acquises durant les championnats mondiaux. Le Nouvelliste, qui la suivait déjà depuis quelques années sur la scène provinciale, n’allait pas manquer l’occasion d’immortaliser cette récolte.

Impossible pour elle d’oublier sa première entrevue avec un représentant du quotidien régional.

«Je terminais ma pratique, le journaliste m’attendait sur le bord de l’eau. J’ai chaviré! Sur le coup, ç’a été difficile, j’étais frustrée et découragée, il faisait froid. Ils ont pris le temps de faire l’entrevue et en voyant l’article après, ça m’a tellement fait chaud au cœur! Au final, ce n’était pas grave et ça m’avait seulement convaincue de continuer à pousser. Merci d’avoir cru en moi toutes ces années!»

Éric Bédard a souvent eu l’impression que les médias de proximité l’accompagnaient à l’étranger, alors que ce n’était évidemment pas le cas, la plupart du temps.

«C’est drôle à dire. Les gens m’arrêtaient parfois dans la rue pour me parler d’une compétition en Pologne, à Salt Lake ou en Allemagne. Ils n’y étaient pas, mais ils en avaient entendu parler, ils avaient lu quelque chose dans le journal à ce sujet. C’est drôle et flatteur!»

Mais tout n’est pas toujours parfait. Ça non! Athlètes, entraîneurs ou directeurs sportifs ne se gênent pas pour critiquer un titre tendancieux ou corriger une information erronée. Parfois ils ont raison, parfois non.

«Il y en a eu des accrochages, c’est certain. Même qu’une fois, au milieu des années 80, un président éditeur avait dû s’en mêler», confie Marcel Jobin, qui préfère néanmoins se rappeler les meilleurs moments.

«Sans vous, j’aurais marché un peu plus dans l’ombre.»