Welly Murray, André Pellerin et Jean-François Laventure.
Welly Murray, André Pellerin et Jean-François Laventure.

L’arrivée de l’informatique, un événement

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
L’arrivée de l’informatique a bouleversé notre façon de vivre et de travailler depuis des décennies et son impact a été immense pour la production d’un journal comme Le Nouvelliste.

La réalisation d’un quotidien en 2020 n’a plus rien à voir avec la façon de faire un journal au début du 20e siècle. Il n’y a qu’à jeter un coup d’oeil à la première édition du Nouvelliste, le 30 octobre 1920, pour apercevoir la transformation extrême de la présentation d’un journal d’information.

La production du Nouvelliste se faisait à partir de linotypes. Cet équipement volumineux produisait des lignes de texte en plomb. Ces lignes devenaient des textes qui étaient pris en charge par des typographes dont la mission était de les mettre en page dans des cadres d’acier.

La photogravure était le procédé utilisé pour les photos. Un négatif était produit pour ensuite être gravé avec de l’acide sur une plaque de zinc.

Un épais carton était pressé sur la page de plomb pour former un moule à installer sur une presse. Le plomb était fondu pour être réutilisé.

André Pellerin a amorcé sa carrière au Nouvelliste comme photographe en 1959 pour la conclure en 1996 à titre d’adjoint au directeur de l’information. Ayant oeuvré entre autres comme journaliste et directeur de l’information provenant des bureaux régionaux du Nouvelliste, il a vécu de près toutes les transformations technologiques.

«En 1959, il y a une machine à écrire sur tous les bureaux dans la salle de rédaction. Les outils de travail étaient le téléphone à roulette, le calepin, le stylo et la machine à écrire. Ça marchait! En 1980, l’informatique arrive avec les premiers ordinateurs. À l’époque, on faisait du texte avec les ordinateurs, la mise en page est arrivée un peu plus tard. L’arrivée des ordinateurs, ça a été un événement», se souvient M. Pellerin.

Cette photo de 1958 montre Jacques Laberge dans la salle de rédaction du <em>Nouvelliste</em>. Les bureaux du quotidien étaient alors situés sur la rue Saint-Georges dans une bâtisse aujourd’hui occupée par l’entreprise Progi.

«L’invention du linotype date du début du 20e siècle. Jusque dans les années 1970, la façon de faire un journal n’a pas trop bougé. Mais à partir de là, ça a complètement changé. Au début des années 1980, les ordinateurs sont arrivés dans la salle de rédaction. Ça a été un gros changement technologique. On avait acheté près de 30 ordinateurs de la compagnie Harris. Ça avait coûté un million de dollars. C’était de l’argent. En capacité et en performance, 10 ordinateurs de ce temps-là entrent dans un téléphone cellulaire d’aujourd’hui!», ajoute Welly Murray, employé du Nouvelliste de 1961 à 2003, d’abord comme linotypiste pour ensuite devenir électronicien et informaticien.

André Pellerin précise qu’en 1959, les appareils photo étaient équipés d’une plaquette contenant six films d’une pose chacun.

«Ça coûtait cher! C’est pour ça qu’on surnommait Roland Lemire (le photographe qui a formé André Pellerin à cette fonction) «one shot». Il prenait UNE photo. Quand j’ai commencé, je ne connaissais rien à la photo. C’est lui qui m’a montré, à sa façon, et c’était «one shot»!»

Informaticien au Nouvelliste depuis 1985, Jean-François Laventure se souvient du système centralisé de cartes perforées utilisé par le service de l’administration pour mettre à jour les dossiers des abonnés.

«La seule façon d’accéder à des rapports de fin de mois étaient des rapports sur papier. Les budgets étaient faits à la main. J’ai fait découvrir les Mac (les ordinateurs Macintosh) au Nouvelliste. Je connaissais Excel aussi (une application de tableur). On avait un Mac avec un écran de 9 pouces en noir et blanc. Quand tu mettais une donnée à jour, ça se mettait à jour partout dans le bilan. Je me souviens que des gens étaient au-dessus de mon épaule et regardaient l’écran. Le monde capotait!»

«Le Nouvelliste a toujours été avancé au niveau technologique, un des plus avancés dans les journaux en Amérique du Nord. J’allais dans des séminaires aux États-Unis dans les années 1980. Il y avait le New York Times et le Chicago Tribune qui étaient avancés, mais il n’y en avait pas tant d’autres», dit M. Murray.

La popularité d’Internet dans les années 1990 amène une nouvelle révolution dans le monde informatique, de même que les appareils photo numériques. Le Nouvelliste investit une fois de plus en 2002 afin de doter la salle de rédaction d’ordinateurs Macintosh au printemps 2003.

Des citoyens de Champlain et de Pierreville visitent Le Nouvelliste en 1955.

Depuis les dernières années, toute la production d’un journal se fait numériquement, de la rédaction d’un article à l’impression sur papier journal ou à la mise en ligne pour les applications et le site web. L’année 2020 a apporté son lot de défis aux informaticiens des journaux membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (la CN2i, regroupant les coopératives locales du Nouvelliste, du Soleil de Québec, de La Tribune de Sherbrooke, du Quotidien de Saguenay, de La Voix de l’Est de Granby et du Droit d’Ottawa-Gatineau). Le télétravail fait dorénavant partie de la vie des quotidiens et cet aspect a été accentué en raison de la pandémie de COVID-19.

«La rapidité des liens offre des possibilités incroyables, analyse M. Laventure. L’entrevue avec Philippe Dallaire (un Trifluvien qui vit en Chine) en février a été une belle démonstration de 3CX (l’application de téléphonie IP). On a réussi à faire une entrevue facilement. On n’aurait jamais pu faire ça avant.»