Pour Raymond Gagnon, Martine Couture et Jean Gagnon, <em>Le Nouvelliste</em> est une véritable histoire de famille.
Pour Raymond Gagnon, Martine Couture et Jean Gagnon, <em>Le Nouvelliste</em> est une véritable histoire de famille.

La vente publicitaire, la passion des Gagnon

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
«Choisis un travail que tu aimes et tu n’auras pas à travailler un seul jour dans ta vie.» Cette phrase semble avoir été spécialement écrite pour Raymond et son fils Jean Gagnon qui ont oeuvré au Nouvelliste. Jean y travaille d’ailleurs toujours à titre de représentant publicitaire. À eux seuls, le père et le fils, qui partagent la même passion, cumulent plus de 70 ans de service au Nouvelliste et ont su créer leur marque de commerce bien à eux.

En effet, chez les Gagnon, lorsqu’on bâtit une relation avec un client, elle reste pour toujours et se termine bien souvent par des amitiés de longue date.

D’ailleurs, autant pour Raymond que pour Jean, leur but n’est jamais et n’a jamais été de vendre une publicité à tout prix pour leur propre bénéfice personnel, bien au contraire.

«Quand j’étais représentant, j’allais au moins une fois par semaine faire un tour en campagne pour aller rencontrer mes clients et on jasait de tout et de rien et souvent, on ne parlait même pas d’annonces publicitaires. Moi je n’ai jamais fait de pression pour vendre, parce que je savais que sinon, les clients avaient tendance à se cacher et à ne plus vouloir annoncer si on leur mettait de la pression. Et je crois que c’était apprécié de mes clients», raconte Raymond Gagnon.

Un élément primordial que Raymond a tenu mordicus à léguer à son fils Jean, qui suit désormais ses traces.

«Je crois qu’il faut rester attentif aux clients et il ne faut jamais manquer d’être près d’eux. Pour moi, l’humain est très important et je veux avoir du plaisir avec mes clients quand je les vois. C’est d’ailleurs ma marque de commerce», soutient-il.

Une profession en évolution

Ce devoir de créer une relation privilégiée avec chaque client est toutefois l’une des seules choses qui est restée la même pour les deux hommes au cours de leur carrière respective, puisque la réalité entourant ce domaine s’est fortement modifiée avec les années.

À cet effet, si le père et le fils peuvent se vanter d’exercer la même profession, leur carrière respective est cependant à des années-lumière l’une de l’autre.

Pas besoin de dire que les revenus publicitaires qui étaient autrefois une mine d’or pour les journaux se sont effrités avec les années, en raison notamment de l’arrivée des géants du web. La réalité des deux hommes à titre de représentant publicitaire a donc été très différente au fil des années.

En effet, à l’arrivée de Raymond au Nouvelliste en 1959, les annonceurs n’hésitaient pas une seconde à annoncer dans le journal, si bien que chaque représentant avait son propre territoire.

«La publicité à cette époque-là, ça se vendait assez bien, mais pour le vendeur en soi, c’était plus compliqué puisqu’on n’avait pas de technologie à notre disposition. C’était donc plus de travail, car j’allais voir le client, je lui faisais un plan pour sa publicité, mais il fallait aussi que je retourne le voir pour lui faire approuver le tout puisqu’on n’avait pas de fax. Et ça, c’est si on ne devait pas tout changer et que je devais y retourner encore une fois et il faut comprendre que le territoire était très gros à couvrir. Donc oui, c’était plus facile à vendre, mais c’était plus complexe de les faire monter et les faire approuver.»

La réalité a toutefois bien changé depuis, avec l’arrivée notamment de la technologie et la baisse des revenus publicitaires. Une réalité que connaît très bien Jean, qui est représentant publicitaire au Nouvelliste depuis 31 ans.

«Quand j’ai commencé à travailler avec mon père, on travaillait avec le papier et le fax, mais maintenant, l’informatique a fait son entrée dans le système et là, ce sont nous, les vendeurs, qui s’occupent de la réservation d’annonces sur Internet, avant de les envoyer aux graphistes. Et maintenant, avec les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) de ce monde, la tarte que Raymond avait tout à lui pour la vente de publicités, on doit maintenant la séparer avec eux. J’ai donc vu l’effritement des revenus publicitaires au fil des ans, mais l’expérience que j’ai acquise en cours de route m’a permis de m’adapter à la situation et de rester ouvert à toutes les possibilités pour réussir en tant que représentant publicitaire», explique-t-il.

Des clients toujours fidèles, de génération en génération

Au fil des ans, Raymond Gagnon a évidemment réussi le pari de servir de nombreux clients qui sont devenus au fil du temps, des clients fidèles à l’organisation.

«En 2000, quand j’ai pris ma retraite, j’ai quitté mon territoire et j’ai laissé 350 clients qui m’étaient fidèles et qui ont continué pour la plupart à annoncer. J’en suis vraiment fier», souligne-t-il.

D’ailleurs, encore aujourd’hui, Jean a su conserver cette relation privilégiée avec des anciens clients de son père qui annoncent encore pour la majorité dans Le Nouvelliste, et ce, malgré le passage de plusieurs d’entre eux à la deuxième génération.

À la retraite depuis maintenant plus de 20 ans, Raymond Gagnon suit d’ailleurs toujours de très près la carrière de son fils, avec évidemment une certaine fierté d’avoir pu lui léguer ses conseils les plus précieux. D’ailleurs, en 40 ans de service, lorsqu’on le questionne sur le moment le plus marquant de sa carrière, M. Gagnon n’hésite pas une seconde, c’est celui où en 1995, il a pu intégrer son fils au sein de l’équipe des ventes pour lui apprendre tous les rudiments du métier.

«J’ai eu plusieurs années marquantes, mais je dois dire que les cinq années où j’ai pu travailler avec mon fils, c’est quelque chose que je vais toujours me souvenir, puisque pour un père, travailler avec son fils, c’est une fierté.»

Jean Ganon et son père Raymond Gagnon cumulent à eux seuls près de 70 ans de service au <em>Nouvelliste</em>.

On peut donc dire que pour les Gagnon, Le Nouvelliste est une véritable histoire de famille, d’autant plus que la femme de Jean, Martine Couture, a travaillé de son côté pendant 38 ans au Nouvelliste, dans plusieurs secteurs, notamment à la réception. C’est d’ailleurs au journal que les deux tourtereaux ont fait connaissance il y a plus de 30 ans.

«On a une passion chez les Gagnon qui est la vente et cette passion s’est transmise de père en fils et Martine a tout vécu ça avec nous. On est très conscient que le Nouvelliste passe des temps difficiles et j’aimerais ça pouvoir dire à mes petits-enfants que j’ai travaillé pour le Nouvelliste et qu’il soit toujours là à ce moment», conclut avec émotion Jean Gagnon.

+

Quelques anecdotes

Raymond Gagnon: une première journée décevante

Lors de sa première journée de travail en 1959 au Nouvelliste, Raymond Gagnon a tenté sa chance du côté de Louiseville pour vendre de la publicité. La journée aura cependant été si décevante sur le plan de la vente, qu’il a songé à tout abandonner. Son nouveau collègue du bureau de Louiseville, Maurice Béland, lui est toutefois venu en aide et lui a donné quelques contacts précieux. Dès le lendemain, Raymond a pu effectuer ses premières ventes, ce qui l’a encouragé à rester au Nouvelliste.

Plaire à un client en se coupant la moustache

Au cours de sa carrière, Raymond a été attitré notamment à la région de La Tuque. Alors que le directeur général de l’époque, un certain M. Archambault avait la réputation de faire la loi et l’ordre avec les représentants publicitaires, Raymond est allé le rencontrer avec toute sa bonne volonté. M. Archambault a toutefois été catégorique, si Raymond gardait sa moustache, il ne prendrait pas de publicité dans Le Nouvelliste. Il n’en fallait pas plus pour que le représentant retourne à l’hôtel pour couper ladite moustache. À son retour au bureau du directeur général, l’homme a trouvé la situation très drôle et a finalement pris la décision d’acheter de la publicité à Raymond. Les deux hommes sont par la suite devenus de très bons amis.

Jean Gagnon: une rencontre avec la femme de sa vie

Une journée, alors qu’il était encore aux études, Jean Gagnon a décidé de venir rejoindre son père au boulot afin que celui-ci le ramène à la maison en soirée. Jean était toutefois loin de se douter qu’il rencontrerait la femme de sa vie à ce moment. En effet, celle qui l’a accueillie est Martine Couture, qui était à la réception. La chimie a opéré rapidement et le couple est toujours ensemble depuis ce temps.

Un projet réalisé en cachette

Lorsqu’il veut arriver à ses fins, Jean Gagnon a plus d’un tour dans son sac. Il y a près de 10 ans, alors qu’un partenariat entre la Ville de La Tuque et la communauté atikamekw de Wemotaci devait se conclure concernant le projet de la centrale hydroélectrique Manouane Sipi, Jean a eu vent de l’événement bien avant les journalistes et a décidé de faire des pages de publicité sur le sujet... mais en cachette de ses patrons et de ses collègues qui l’ont su seulement la veille de la publication. Les pages ont par la suite été présentées à l’Assemblée nationale par la députée de l’époque Julie Boulet.