La Salle J.-Antonio-Thompson avant les travaux d’agrandissement de 1986-1987.
La Salle J.-Antonio-Thompson avant les travaux d’agrandissement de 1986-1987.

La salle J.-Antonio-Thompson au coeur du centre-ville depuis plus de 90 ans

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
Depuis près de 100 ans, plus précisément depuis 1928, un établissement culturel d’importance a pignon sur rue au centre-ville de Trois-Rivières. Il s’agit de la salle J.-Antonio-Thompson, autrefois connue sous le nom de Théâtre Capitol, qui a vu passer à travers les années le cinéma muet et les vaudevilles, bien avant de devenir une salle de spectacle d’envergure.

En passant par les Céline Dion de ce monde, Francis Cabrel, Gilbert Bécaud, Nana Mouskouri, Andrée Lachapelle et Rita Lafontaine, les artistes se sont en effet succédé au cours des années.

Toutefois, ce que peu de gens savent, c’est que la salle est l’une des plus anciennes infrastructures culturelles à Trois-Rivières à être toujours active encore à ce jour.

En effet, c’est en 1928 que la culture a véritablement pris racine au centre-ville trifluvien, avec l’inauguration du Théâtre Capitol par la famille Robert, avant d’être repris en 1966 par United Amusement Corporation, une filiale de la firme Famous Players.

D’ailleurs, dès le départ, on ne lésine pas avec les moyens et on tente le tout pour le tout afin de rendre l’endroit digne de ce nom. Ainsi, c’est à l’architecte montréalais Daniel-John Creighton, qui a notamment participé à la construction du Château Frontenac et du théâtre Granada, que sera confiée cette énorme tâche. Il sera toutefois accompagné du décorateur Emmanuel Briffa qui y ajoutera sa touche de décoration d’inspiration art déco.

«Quand on observe comme il faut, si on regarde par exemple les balcons de la salle, il y a beaucoup moins de détails et si on regarde vers la scène, il y en a plus, car c’était justement le but d’Emmanuel Briffa d’attirer le regard vers la scène et c’est ce qui donne cette ambiance très unique à la salle depuis les débuts», souligne Nancy Kukovica, directrice générale de Culture Trois-Rivières.

Le Capitol, 1954.

Il n’a d’ailleurs pas fallu attendre bien longtemps pour que l’endroit connaisse une forte popularité dans la région. Une popularité qui est d’ailleurs toujours présente plus de 90 ans plus tard et qui ne semble pas vouloir s’essouffler.

«Au départ, la salle s’appelait le Théâtre Capitol et était une salle de cinéma où l’on présentait aussi du vaudeville, des concerts et des variétés. Donc dès le départ du Capitol, tout ce qui était prestigieux passait par là, et on peut dire que c’est encore vrai aujourd’hui avec la salle J.-Antonio-Thompson. Cette tradition est donc restée», précise Nancy Kukovica.

Des soldats admis gratuitement en 1941.

C’est toutefois en 1979 que la Ville de Trois-Rivières deviendra officiellement propriétaire de l’endroit et sera du même coup le troisième propriétaire à en faire l’acquisition depuis son ouverture en 1928.

À ce moment, le théâtre Capitol sera renommé la salle J.-Antonio-Thompson, en l’honneur de ce grand musicien trifluvien qui a contribué au développement de la vie culturelle de la ville et deviendra par le fait même un endroit où les spectacles de tout genre seront présentés.

Des rénovations majeures

Afin de transformer l’endroit en une salle de spectacle respectable, des rénovations majeures s’imposaient lors de l’achat de cette dernière, on s’en doute fort bien. C’est d’ailleurs ce qu’a entrepris la Ville de Trois-Rivières dès 1986.

«Ce qu’on connaît aujourd’hui de la salle, c’est dû aux travaux de 1986-1987. Et ce qui n’a pas vraiment changé, c’est l’intérieur de la salle, la configuration et le décor. Mais ce qu’on a vu apparaître à ce moment, c’est un agrandissement de la scène, mais aussi l’ajout de foyers et de vestiaires, en plus de la modernisation de l’équipement scénique. Au total, les travaux ont duré pratiquement deux ans.»

La billetterie en 1954.

Plus de 30 ans plus tard, évidemment, d’autres rénovations majeures étaient devenues nécessaires. C’est pourquoi au cours des prochaines années, des travaux d’envergure afin de réaménager de manière plus fonctionnelle l’endroit, notamment en procédant à l’agrandissement et la mise aux normes de la salle seront réalisés.

Des défis à la tonne

En près de 100 ans d’existence, de nombreux défis se sont évidemment imposés tant du côté du Capitol que de la salle J.-Antonio-Thompson. On n’a qu’à penser à la technologie qui a fait son entrée plus récemment au sein de l’établissement et qui était loin d’être la norme il y a à peine 50 ans.

«Au fil des années, surtout depuis que c’est la Ville de Trois-Rivières qui est propriétaire, on a eu beaucoup de défis pour s’adapter, notamment pour répondre continuellement à des besoins techniques et technologiques qui n’étaient pas là il y a quelques années à peine, mais également du côté des artistes qui ont désormais leurs demandes bien à eux. Par exemple, des artistes vont vouloir partir en tournée avec leur chien et ça, on ne voyait pas ça il y a 20 ans, donc on doit s’ajuster. Mais il y a aussi une certaine adaptation avec le public qui a accès aujourd’hui à une multitude de façons de consommer la culture et qui souhaite vivre une expérience, donc on doit aussi s’assurer de pouvoir répondre à ce besoin-là», soutient Mme Kukovica.

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Faits marquants

-La salle a remporté le Félix de meilleure salle de spectacle au Québec à trois reprises, soit en 1988, 1989 et 2001.

-Deux tournages de film (A Space Travesty et Isn’t She Great) ont eu lieu à la salle J.-Antonio-Thompson au cours des 90 dernières années.

-Dans les années 1980, le chanteur Gowan a battu un record, alors que les billets de son spectacle se sont vendus à la main en moins de trois heures seulement.

-Depuis 2005, plus de 1400 artistes et groupes ont été reçus et plus de 2600 spectacles ont été présentés à la salle J.-Antonio-Thompson.

-Depuis 2005, c’est l’humoriste Martin Matte qui a vendu le plus de billets (20 822).

-Depuis 2005, c’est le spectacle Showtime qui a fait le plus grand nombre de représentations avec 38.

Article publié dans le Nouvelliste en 1948 annonçant le passage de la famille Von Trapp (La mélodie du bonheur) au Capitol.