Jean Chrétien en 2002

Jean Chrétien ou faire partie de l’histoire...

Peu de quotidiens régionaux peuvent se vanter d’avoir eu sur leur territoire de couverture un premier ministre du Canada. Ce fut pourtant le cas du Nouvelliste avec Jean Chrétien. Et plus d’une fois, nos chemins se seront croisés au fil des années, laissant son lot de souvenirs impérissables.

Il est vrai que la première fois que je l’ai vu en personne, c’était au début des années 80 alors que j’étais étudiant en sciences pures au Cégep de Shawinigan. Cabaret en mains, il était venu s’asseoir à quelques chaises de moi à la cafétéria. C’était possiblement dans le contexte de la campagne référendaire.

Une fois journaliste à Trois-Rivières, j’ai eu à couvrir la Fête nationale du 24 juin 1994 dans son château fort de Saint-Maurice.

Élu premier ministre du Canada depuis à peine huit mois, il avait déclaré que «c’est la fête de tous les Canadiens français du pays et non celle des Québécois». L’année suivante, il allait jouer un rôle déterminant dans l’autre référendum.

En mai 1997, soit en pleine période électorale, je me suis retrouvé pour une première fois dans son bureau à Ottawa. Un p’tit gars de La Tuque allait interviewer le p’tit gars de Shawinigan.

De prime abord, l’idée de croiser le fer avec le chef du gouvernement fédéral se voulait intimidante. Mais c’est plutôt la simplicité du personnage qui m’aura impressionné. Moins d’un an plus tard, je revivais la même scène, mais dans le contexte d’un congrès biennal sans histoire du Parti libéral du Canada.

En mars 2000, ma dernière entrevue réalisée au Parlement aura été marquée par une déclaration qui s’avéra déterminante dans la suite des choses. Quand je lui demandai s’il ne voulait pas laisser la chance à Paul Martin d’occuper le poste de premier ministre du Canada, il répliqua ceci: «Ce n’est pas une question de chance. J’ai un mandat. Ce n’est pas un gâteau qu’on se passe de l’un à l’autre. Je suis chef du Parti libéral et j’ai été élu pour faire un job».

Une fois les micros fermés, c’est autour d’une tasse de café que le redoutable politicien se plaisait à raconter de multiples anecdotes sur ses relations internationales. Et c’est avec un certain étonnement qu’ensuite, je voyais un chef d’État prendre congé de son dernier invité de l’après-midi pour aller souper avec son épouse, comme le commun des travailleurs.

Pendant son règne à la tête du pays, je l’aurai donc croisé à plusieurs reprises, tantôt lors d’une campagne électorale, tantôt pour un événement médiatique. Et je n’oublierai jamais la fois où il était débarqué dans les bureaux du quotidien régional pour y accorder une entrevue.

Avec une carrière politique de 40 ans sur la scène fédérale, Jean Chrétien aura fait partie de près de la moitié de l’histoire du Nouvelliste. Et pendant une décennie, il aura fait partie de mon histoire au Nouvelliste.