Bernard Champoux.
Bernard Champoux.

Bernard Champoux fut rédacteur en chef et éditorialiste: «Jamais on ne m’a dicté quoi écrire»

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Bernard Champoux fut rédacteur en chef du Nouvelliste dans les années 1990 au cours desquelles il a également signé de nombreux éditoriaux, la plupart publiés chaque lundi matin. Retraité depuis plusieurs années, il conserve une excellente mémoire de cette période de sa longue carrière en journalisme marquée notamment par la tristement célèbre affaire du policier Louis-Georges Dupont qui, encore aujourd’hui, n’a toujours pas été élucidée.

«Le seul fait que la police Trois-Rivières ait elle-même effectué l’enquête – aujourd’hui elle aurait fait appel à la Sûreté du Québec – ouvre la porte à bien des interrogations», écrivait-il en juillet 1994.

«J’avais un style un peu trop direct», se souvient-il, «mais je disais ce que je pensais», surtout «quand des événements se produisaient et venaient me chercher, quand des choses m’agaçaient. Je ne me gênais pas.» Cela lui a valu, parfois, quelques lettres ouvertes dans la section Opinion du lecteur, se souvient-il, «mais j’acceptais ça.»

À ce moment-là, dit-il, on était loin des commentaires souvent méchants et à l’emporte-pièce qui caractérisent aujourd’hui les échanges sur les réseaux sociaux. Les gens qui répliquaient considéraient l’opinion de l’éditorialiste comme étant celle, également, du journal.

L’Opinion du lecteur était une section très importante, se souvient-il. «On laissait beaucoup de place à ça. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, les gens ont des opinions désordonnées et ne sont pas respectueux. Ce que les gens écrivent aujourd’hui n’aurait pas été accepté il y a 25 ans», assure-t-il.

Bernard Champoux, qui a oeuvré pendant 40 ans au Nouvelliste, se souvient notamment d’avoir écrit au sujet de l’ancien chef de police de la Ville de Trois-Rivières, Gérald Cholette, qui faisait faire des prières aux policiers au poste de police. «Ça nous a valu des plaintes au Conseil de presse à tour de bras. Journalistes et éditorialistes, tout le monde y a passé, mais il n’a pas gagné. On déplorait une situation qui était inacceptable», résume-t-il pour expliquer un des rôles fondamentaux de l’éditorial.

L’histoire du décès de Louis-Georges Dupont l’avait particulièrement frappé. «Il avait été trouvé sans vie dans son auto. Son fils a dit, un peu plus tard, qu’il avait été assassiné et que son père ne s’était pas enlevé la vie. Dans ce temps-là, il y avait des ombres dans le fonctionnement du service de police», se souvient-il. L’affaire, on le sait, n’aura jamais été élucidée.

Bernard Champoux se souvient que dans les années où il a exercé son métier, l’éditorial était porteur de messages. «Il y avait des éditoriaux qui étaient très positifs. On félicitait des gens, mais il fallait aussi reconnaître les mauvais coups. L’éditorial était là pour avoir un point de vue qui devait refléter la réalité. Ce n’était pas critiquer pour critiquer. On était l’interprète des gens qui n’étaient pas capables d’écrire tout en donnant un reflet de l’actualité et en permettant aux gens de réfléchir», résume-t-il.

Dans ces années-là, Le Nouvelliste se faisait souvent taxer de «rouge» par l’opinion publique. «Il faut reconnaître que tu ne peux pas ignorer l’opinion du grand boss», fait valoir M. Champoux. Le grand boss, dans son temps, c’était la famille Desmarais et Power Corporation. «Quand ils ont pris possession du Nouvelliste et de tous les journaux TransCanada, eux ils étaient des libéraux», rappelle-t-il.

«Ils laissaient la place à ceux qui voulaient écrire contre les libéraux parce qu’ils ne faisaient pas juste de bons coups, mais évidemment, le journal n’était pas indépendantiste. Ça, c’est clair», se souvient-il. Bernard Champoux a fait carrière sous cinq présidents-éditeurs, au fil des années et ils avaient tous des vues différentes, précise-t-il. «Jamais on ne m’a dicté quoi écrire et je n’ai jamais été réticent à écrire ce que je pensais. Si un candidat libéral exagérait, ça ne me gênait pas de l’écrire.»

L’ancien rédacteur en chef assure qu’il a toujours écrit en toute honnêteté. «J’ai le sentiment du devoir accompli. J’ai été honnête jusqu’au bout des doigts tout le temps. Je faisais mon devoir», dit-il.

Cela ne l’a pas empêché, toutefois, de tomber dans un piège vraiment peu banal au tout début de sa carrière comme journaliste. Ça s’est passé dans l’affaire du sergent-détective trifluvien Denis Leclerc. «Je travaillais aux faits divers, la fin de semaine. Il m’appelait pour me dire que quelqu’un allait faire un hold-up en fin de semaine à tel endroit. Or, c’est lui qui l’organisait», se souvient-il. «Il voulait qu’il y ait de la nouvelle sur ça pour montrer que c’est lui qui intervenait sur ces événements», raconte-t-il, encore estomaqué par de tels agissements de la part d’un policier.

Aujourd’hui, Bernard Champoux lit, sur Internet, tous les éditoriaux publiés dans Le Nouvelliste. Ce sont des écrits qui méritent respect, estime-t-il en saluant le travail de ses anciens collègues Sylvio St-Amand, Claude Bruneau et Ginette Gagnon, la première femme à exercer la profession d’éditorialiste à temps plein au Nouvelliste.

Écrire l’éditorial représentait une responsabilité importante, dit-il. «Je me relisais pour éviter que je me retrouve en position de défense.» Comme tout bon éditorialiste, Bernard Champoux voulait rapporter des faits exacts et vérifiables, une règle d’or de la profession.